Abattage sans cruauté des animaux - Énoncé de position

Le 21 janvier 2016

Position

L’Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV) estime que, lorsque des animaux destinés à l’alimentation sont abattus, les méthodes employées doivent minimiser la peur, l’anxiété, la douleur, la détresse et les souffrances et qu’elles doivent provoquer une mort immédiate et confirmée ou une perte rapide de conscience qui persiste jusqu’au moment de la mort. Même si l’abattage sans étourdissement est actuellement permis au Canada dans certaines circonstances, l’ACMV s’oppose à cette pratique, car elle cause une douleur qui peut être évitée.

Contexte

  1. L’ensemble des exploitants d’abattoirs et des personnes participant à l’abattage des animaux destinés à l’alimentation au Canada sont responsables de veiller à ce que les animaux soient traités de manière non cruelle et avec dignité pendant le processus, à partir du retrait des aliments et de l’eau, puis pendant le chargement, le transport et la manipulation jusqu’à l’abattage. Les exploitants des abattoirs doivent s’engager à optimiser le bien-être animal en surveillant les processus de leur organisation, en corrigeant les problèmes qui peuvent avoir un impact sur le bien-être animal et en travaillant en vue de continuellement améliorer le transport, la manipulation, l’étourdissement et l’abattage des animaux destinés à l’alimentation.
  1. Il n’y a actuellement aucune loi fédérale qui s’applique aux abattages réalisés dans tous les établissements au Canada. Même si certains établissements sont inscrits auprès du gouvernement fédéral, et donc assujettis aux lois fédérales, les autres établissements non inscrits auprès du gouvernement fédéral sont régis par les lois des provinces individuelles. L’ACMV encourage tous les paliers de gouvernement à élaborer des normes efficaces et cohérentes pour la surveillance de l’abattage sans cruauté dans les territoires à l’échelle du Canada. De plus, on encourage l’industrie à assurer une uniformité des pratiques d’abattage sans cruauté en mettant en œuvre des normes d’exploitation dans le cadre de programmes de bien-être animal étroitement surveillés.
  1. L’ACMV appuie une surveillance réglementaire complète du bien-être animal, qui comprend un abattage sans cruauté des animaux dans tous les établissements. Elle appuie aussi un engagement continu des intervenants et la poursuite de la recherche et du développement sur les façons de veiller à la mise en œuvre de pratiques de manipulation et d’abattage non cruelles (1-3).
  1. L’ACMV reconnaît que, même si les lois fédérales exigent l’étourdissement des animaux avant l’abattage, certaines exceptions[1] sont actuellement permises pour les établissements à réglementation fédérale en vertu du Règlement sur l’inspection des viandes (RIV) (4). On accorde clairement la préférence à l’abattage précédé d’un étourdissement, cependant, la politique relative à ce règlement (5) stipule que : « Il est préconisé d'effectuer un étourdissement réversible avant l'abattage rituel, ou immédiatement après la coupe lorsque cela est possible. »
  1. Comme pour les méthodes avec étourdissement, la littérature scientifique insiste sur le fait que les opérateurs effectuant l’abattage sans étourdissement doivent être adéquatement formés, hautement compétents et surveillés, sinon des techniques de manipulation et de mise à mort sous-optimales présenteront des risques inacceptables pour le bien-être des animaux (4,6-9). Cependant, des preuves scientifiques indiquent que l’abattage des animaux destinés à l’alimentation sans étourdissement préalable cause de la douleur et il existe un risque clair et significatif pour le bien-être des animaux (7).
  1. Les opérateurs doivent être conscients que l’abattage d’animaux présente des risques de santé et de sécurité pour les travailleurs, y compris des risques physiques et psychologiques (stress post-traumatique et désensibilisation), qui affecteront potentiellement le bien-être des travailleurs, ce qui crée donc des défis pour l’optimisation du maintien du traitement sans cruauté des animaux durant les processus d’abattage (10). À cet égard, les opérateurs doivent mettre en œuvre des programmes de santé et de sécurité appropriés conçus pour atténuer ces risques.

Bibliographie

  1. OIE (OFFICE INTERNATIONAL DES ÉPIZOOTIES). Code sanitaire pour les animaux terrestres (2014), Chapitre 7.5, Abattage des animaux. Disponible au : http://www.oie.int/index.php?id=169&L=0&htmfile=chapitre_aw_slaughter.htm Dernière consultation le 6 octobre 2015.
  1. POZZI, P.S., W. GERAISY, S. BARAKEH et M. AZARAN. « Principles of Jewish and Islamic slaughter with respect to OIE (World Organization for Animal Health) recommendations », Israel J Vet Med, 2015, vol. 70, p. 3-16.
  1. SILVER, J. « Understanding freedom of religion in a religious industry: Kosher slaughter (Shechita) and animal welfare », Victoria U Wellington Law Rev, 2011, vol. 42, p. 671-704.
  1. AGENCE CANADIENNE D’INSPECTION DES ALIMENTS. Règlement sur l’inspection des viandes. Disponible au : http://laws-lois.justice.gc.ca/eng/regulations/SOR-90-288/index.html Dernière consultation le 6 octobre 2015.
  1. ROSEN, S.D. « Physiological insights into shechita », Vet Rec, 2004, vol. 154, p. 759-765.
  1. JOHNSON, C.B., D.J. MELLOR, P.H. HEMSWORTH et A.D. FISHER. « A scientific comment on the welfare of domesticated ruminants slaughtered without stunning », New Zeal Vet J, 2015, vol. 63, p. 58-65.
  1. GIBSON, T.J., C.B. JOHNSON, J.C. MURRELL et al. « Electrocencephalographic responses of halothane-anaesthetised calves to slaughter by ventral-neck incision without prior stunning », New Zeal Vet J, 2009, vol. 57, p. 77-85.
  1. GIBSON, T.J., C.B. JOHNSON, J.C. MURRELL, J.P. CHAMBERS, K.J. STAFFORD et D.J. MELLOR. « Components of electroencephalographic responses to slaughter in halothane-anaesthetised calves: Effects of cutting neck tissues compared to major vessels », New Zeal Vet J, 2009, vol. 57, p. 84-89.
  1. FITGERALD, A.J. « A social history of the slaughterhouse: From inception to contemporary implications », Human Ecol Rev, 2010, vol. 17, p. 59-69.
  1. AGENCE CANADIENNE D’INSPECTION DES ALIMENTS. Chapitre 12 du Manuel des méthodes de l’hygiène des viandes, Chapitre 12 : Abattage et manutention des animaux destinés à la consommation humaine – Exigences au bien-être des animaux. Disponible au : http://www.inspection.gc.ca/food/meat-and-poultry-products/manual-of-procedures/chapter-12/animal-welfare-requirements/fra/1392144659190/1392144660111 Dernière consultation le 23 octobre 2015

 

(Adopté en novembre 2015)

[1] L’article 79 du RIV stipule que toutes les instances d’abattage, à l’exception de l’« abattage rituel » (abattage religieux judaïque ou islamique), doit être précédé d’une technique d’étourdissement provoquant une perte de conscience immédiate qui doit être maintenue avant la mort. Dans le cas de l’abattage rituel, l’article 77 du RIV permet une exemption au processus d’étourdissement, cependant, l’animal doit « doit être immobilisé et abattu par le sectionnement rapide, complet et simultané des jugulaires et des carotides, de façon qu’il perde conscience immédiatement. »