Dévocalisation des chiens - Énoncés de position

Le 4 avril 2016

L’Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV) s’oppose à la « dévocalisation » non thérapeutique des chiens.

Contexte

  1. La dévocalisation des chiens (aussi appelée ablation des cordes vocales ou suppression de la voix) est une intervention chirurgicale (c.-à-d., venticulocordectomie) où les cordes vocales sont entièrement ou partiellement enlevées.
  2. Il est reconnu que la venticulocordectomie chez les chiens peut être réalisée pour des raisons thérapeutiques légitimes comme, par exemple, l’obstruction des voies respiratoires ou la paralysie laryngée (1).
  3. L’intervention de dévocalisation revêt un caractère non thérapeutique si elle est réalisée seulement dans le but de réduire le volume, la tonalité et l’intensité du jappement d’un chien.
  4. De graves problèmes de santé et/ou de bien-être animal peuvent découler de la dévocalisation, notamment :
  1. les risques inhérents et la mortalité associée à l’anesthésie générale;
  2. la douleur et l’inconfort post-opératoire;
  3. des complications causées par le saignement, l’enflure, l’infection, la toux, la nausée et la pneumonie par aspiration;
  4. des complications postopératoires comme la formation de tissu cicatriciel, la dyspnée (détresse respiratoire), le stridor (respiration bruyante) et la sténose (1,2).
  1. Le retour d’un aboiement presque normal peut aussi se produire dans les mois suivant l’intervention, ce qui peut annuler les bienfaits recherchés par l’intervention.
  2. En raison de préoccupations liées au bien-être animal, la dévocalisation non thérapeutique est interdite dans plusieurs endroits au monde, y compris le Royaume-Uni (The Animal Welfare Act, qui vise principalement l’Angleterre et le pays de Galles) (3), l’Union européenne (Convention européenne pour la protection des animaux de compagnie) (4) et, aux États-Unis, dans les États du Massachusetts, du Maryland et du New Jersey (5).
  3. Pour contrôler les jappements indésirables, il est essentiel de traiter la cause sous-jacente (c.-à-d., anxiété de séparation, réaction de protection ou de garde). La dévocalisation d’un chien comme solution aux jappements indésirables sans traiter la cause sous-jacente provoquera souvent d’autres comportements inacceptables déclenchés par la peur ou l’anxiété (6).
  4. Le jappement est un comportement canin normal utilisé comme moyen de communication lors d’interactions comme le jeu, la salutation, l’alerte, la protection et l’avertissement. Il a été suggéré que le jappement pourrait avoir évolué afin d’inclure la communication inter-espèces, entre les chiens et les humains, au lieu de se limiter à la communication intra-espèce (7).
  5. Plusieurs raisons peuvent déclencher les jappements excessifs chez les chiens. Par exemple, l’anxiété peut être causée par l’ennui, une mauvaise socialisation et la séparation du propriétaire et elle pourra provoquer des réponses stéréotypées, notamment un jappement excessif. Dans tous les cas de jappements excessifs, un médecin vétérinaire devra être consulté, en collaboration avec un dresseur ou un comportementaliste certifié et expérimenté,  afin de déterminer les causes sous-jacentes et de recommander un programme de traitement pour atténuer les jappements excessifs. Si une pharmacologie comportementale (c.-à-d., l’administration de médicaments) est indiquée comme complément à la modification comportementale, par exemple, lors d’une vocalisation excessive causée par l’anxiété de séparation, un vétérinaire compétent devra être consulté.
  6. Les jappements excessifs causés par l’anxiété ne sont pas corrigés efficacement par les méthodes de dressage négatives (p. ex., l’usage de colliers électroniques), car ces dernières peuvent accroître davantage l’anxiété (8,9). De telles méthodes devraient être envisagées seulement dans les situations où le jappement n’est pas causé par l’anxiété (notamment un environnement offrant beaucoup de stimulus) et, dans tous les cas, elles devraient seulement être utilisées par un dresseur ou comportementaliste certifié et expérimenté après l’échec de toutes les autres méthodes de dressage et/ou de modification du comportement (10-12, 13).

Bibliographie

  1. ZIKE, C. et T. MCCARTHY. « Bilateral ventriculocordectomy via ventral laryngotomy for idiopathic laryngeal paralysis in 88 dogs », J Am Anim Hosp Assoc, 2012, vol. 48, p. 234-244.
  2. HOLT, D. et C. HARVEY. « Glottic stenosis secondary to vocal fold resection: Results of scar removal and corticosteroid treatment in nine dogs », J Am Anim Hosp Assoc, 1994, vol. 30, p. 396-400.
  3. The Animal Welfare Act (2006). Disponible au : http://www.legislation.gov.uk/ukpga/2006/45/contents Dernière consultation le 6 octobre 2015.
  4. Convention européenne pour la protection des animaux de compagnie. Disponible au : http://conventions.coe.int/Treaty/EN/Treaties/Html/125.htm Dernière consultation le 6 octobre 2015.
  5. AMERICAN VETERINARY MEDICAL ASSOCIATION. State laws governing elective surgical procedures. Disponible au : https://www.avma.org/Advocacy/StateAndLocal/Pages/sr-elective-procedures.aspx Dernière consultation le 5 août 2015.
  6. OVERALL, K.L. Miscellaneous behavioral problems: Emphasis on management, in Clinical Behavioral Medicine for Small Animals, St. Louis, Missouri, Mosby, 1997, p. 261-262.
  7. PONGRUCZ, P., C. MOLNAR et A. MIKLOSI. « Barking in family dogs: An ethological approach », Vet J, 2010, vol. 183, p. 142-147.
  8. STAFFORD, K. « Behavioral problems », in STAFFORD, K., éd., The Welfare of Dogs, Dordrecht, Pays-Bas, Springer, 2007, p. 199-213.
  9. JUARBE-DIAZ, S.V.. « Assessment and treatment of excessive barking in the domestic dog », Vet Clin North Am Small Anim Pract, 1997, vol. 27, p. 515-532.
  10. SCHALKE, E., J. STICHNOTH, S. OTT et R. JONES-BAADE R. « Clinical signs caused by the use of electric training collars on dogs in everyday life situations », App Anim Behav Sci, 2007, vol. 105, p. 369-380.
  11. SCHILDER, B.H. et J.A.M. VAN DER BORG. « Training dogs with help of the shock collar: Short and long term behavioural effects », App Anim Behav Sci, 2004, vol. 85, p. 319-334.
  12. SALMAN, M.D., J. HUTCHISON et R. RUCH-GALLIE. « Behavioral reasons for relinquishment of dogs and cats to 12 shelters », J App Anim Wel Sci, 2000, vol. 3, p. 93-106.
  13. Énoncé de position de l’ACMV sur les Méthodes de dressage sans violence pour les chiens. Disponible au : https://www.veterinairesaucanada.net/documents/humane-training-methods-for-dogs Dernière consultation le 22 février 2016.

(Révisé en février 2016)