Enlèvement des bourgeons et écornage du bétail – Énoncé de position

Le 22 septembre 2016

Position

L’Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV) appuie l’écornage et l’enlèvement des bourgeons chez le bétail pour des raisons de protection des humains et des animaux, pourvu que l’enlèvement des bourgeons s’effectue durant le premier mois de vie, qu’une anesthésie et une analgésie appropriées soient utilisées pour contrôler la douleur et, dans le cas de l’écornage, que le saignement soit contrôlé. L’ACMV appuie l’élevage sélectif pour l’attribut sans corne.

Sommaire

  • Le bétail sans corne cause moins de blessures aux autres animaux et aux humains que les animaux à cornes.

    Lorsque la prévention des cornes par l’élevage sélectif n’est pas actuellement possible, il faudrait privilégier l’enlèvement des bourgeons des veaux au lieu de l’écornage.

    Les animaux individuels qui sont soumis à l’enlèvement des bourgeons ou à l’écornage, selon toute méthode, devraient recevoir une anesthésie locale et de l’analgésie périopératoire.

    Le saignement doit être contrôlé durant l’écornage.

Contexte 

  1. La corne bovine est un organe spécialisé d’origine épidermique qui est absent à la naissance. Le groupe de cellules situé à la jonction de la corne éventuelle et de la peau (chorion) représente le site de la production de corne. Les cornes commencent sous forme de bourgeons dans la peau du chignon. À l’âge d’environ deux mois, les bourgeons des cornes s’attachent au périoste de l’os frontal recouvrant le sinus frontal. Au fur et à mesure que la corne pousse, le diverticule cornéen de la portion caudale du sinus frontal se prolonge dans la portion la plus proximale de la corne.
  1. L’enlèvement des bourgeons nécessite la destruction du chorion du bourgeon de la corne sans dommage important au périoste. L’écornage est l’amputation des cornes après qu’elles se soient formées à partir du bourgeon de la corne. Les dommages aux tissus (p. ex., causés par l’enlèvement des bourgeons et l’écornage) produisent l’activation et la libération du contenu intracellulaire des cellules endommagées, des cellules inflammatoires et des fibres nerveuses. Des changements physiologiques, neuroendocriniens et comportementaux indiquant de la douleur et de la détresse sont observés après l’écornage et l’enlèvement des bourgeons (1,2).
  1. Le bétail sans corne cause moins de blessures aux autres animaux et aux humains que les animaux à cornes (3).
  1. Dans la production bovine, il n’existe aucune preuve d’une différence de croissance ou de productivité attribuable au gène des cornes (4,5). Dans les cas où la prévention des cornes à l’aide de la sélection génétique (6) n’est pas actuellement possible, il faudrait privilégier l’enlèvement des bourgeons au lieu de l’écornage (7).
  1. Même si les éléments de preuve sont contradictoires, le recours à une pâte caustique chez les très jeunes veaux pourrait causer moins de douleur aiguë, mais l’inconfort de brûlures chimiques prolongées peut durer plus longtemps que les brûlures causées par un fer chaud. De plus, des dommages peuvent être causés si la pâte caustique s’étend sur les tissus environnants ou sur d’autres animaux (7).
  1. Les animaux individuels soumis à l’enlèvement des bourgeons ou à l’écornage devraient recevoir au moins une anesthésie locale et une analgésie périopératoire (8,9). Un blocage du nerf cornéen à l’aide d’une anesthésie locale est habituellement efficace cinq minutes après l’administration et peut durer pendant plusieurs heures, mais son efficacité devrait être testée à l’aide d’une piqûre d’aiguille autour du bourgeon avant l’utilisation d’un fer chaud (10). La manipulation des veaux et l’administration d’un blocage du nerf cornéen ne devraient pas être stressantes et elles sont beaucoup moins stressantes que l’enlèvement des bourgeons à l’aide d’un fer chaud sans l’administration d’une anesthésie locale (11). 
  1. Le Code de pratiques pour le soin et la manipulation des bovins laitiers du Conseil national pour les soins aux animaux d’élevage (2009) stipule que l’enlèvement des bourgeons et l’écornage doivent être réalisés en utilisant de l’analgésie et que l’écornage doit aussi être réalisé avec le contrôle du saignement (12).
  1. Les veaux dont les bourgeons sont enlevés en utilisant une anesthésie locale, la sédation et des anti-inflammatoires non stéroïdiens affichent une meilleure consommation de lait et des taux de croissance supérieurs ainsi qu’une diminution de la réaction de stress physiologique associée à l’intervention (7,13). De plus, les veaux affichent une réduction des comportements associés à la douleur après l’écornage, dont le secouement de la tête, le battement de l’oreille et le frottement de la tête lorsque l’anesthésie, la sédation et des anti-inflammatoires non stéroïdiens sont utilisés de manière concomitante (14).
  1. Les producteurs laitiers ont la capacité de reconnaître la douleur après l’écornage (15), ce qui offre l’occasion aux médecins vétérinaires pour animaux destinés à l’alimentation d’engager un dialogue utile et d’éduquer les producteurs laitiers en vue d’élaborer des protocoles à la ferme qui amélioreront la santé et le bien-être des veaux.

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Bibliographie

  1. VICKERS, K.J., L. NIEL, L.M. KIELBAUCH et al. « Calf response to caustic paste and hot-iron dehorning using sedation with and without local anesthetic », J Dairy Sci, 2005, vol. 88, p. 1545-1559.
  2. TASCHKE, A.C. et D.W. FOLSCH. « Ethological, physiological and histological aspects of pain and stress in cattle when being dehorned », Tierarztl Prax, 1997, vol. 25, p. 19-27.
  3. KNIERIM, U., N. IRRGANG et B.A. ROTH. « To be or not to be horned-consequences in cattle », Livestock Science, 2015, vol. 179, p.29-37.
  4. PRAYAGA, K.C. « Genetic options to replace dehorning in beef cattle – A review », Aust J Agric Res, 2007, vol. 58, p. 1-8.
  5. STOOKEY, J.M. et L.A. GOONEWARDENE. « A comparison of production traits and welfare implications between horned and polled bulls », Can J Anim Sci, 1996, vol. 76, p.1-5.
  6. SCHAFBERG, R. et H.H. SWALVE. « The history of breeding for polled cattle », Livestock Science, SI, Alternatives for Dehorning in Cattle, 2015, vol. 179, p. 54-70.
  7. STAFFORD, K.J. et D.J. MELLOR. « Addressing the pain associated with disbudding and dehorning in cattle », Appl Anim Behav Sci, 2011, vol. 135, p. 226-231.
  8. STAFFORD, K.J. et D.J. MELLOR. « Dehorning and disbudding distress and its alleviation in calves », Vet J, 2005, vol. 169, p. 337-349.
  9. STOOKETY, J.M. « The veterinarian's role in controlling pain in farm animals », Can Vet J, 2005, vol. 46, p. 453-458.
  10. FIERHELLER, E.E., N.A. CAULKETT, D.B. HALEY, D. FLORENCE et L. DOEPEL. « Onset, duration and efficacy of four methods of local anesthesia of the horn bud in calves », Vet Anaesth Analg, 2012, vol. 39, p. 431-435.
  11. GRAF, B. et M. SENN. « Behavioural and physiological responses of calves to dehorning by heat cauterization with or without local anaesthesia », Appl Anim Behav Sci, 1999, vol. 62, p.153-171 
  12. CONSEIL NATIONAL POUR LES SOINS AUX ANIMAUX D’ÉLEVAGE. Code de pratiques pour le soin et la manipulation des bovins laitiers, 2009. Disponible au : http://www.nfacc.ca/codes-de-pratiques/bovins-laitiers. Dernière consultation le 14 juin 2016.
  13. BATES, A.J. et P.A. EDER. « The effect of combinations of a local anesthetic, sedative, and non-steroidal anti-inflammatory on daily growth rate and milk intake of dairy calves after disbudding », Vetlife, Canterbury, NZ. Proceedings of the 28th World Buiatrics Congress WBC July 27-August 1, 2014. Cairns, Australie.
  14. FAULKNER, P.M. et D.M. WEARY. « Reducing pain after dehorning in dairy calves », J Dairy Sci, 2000, vol. 83, p. 2037-2041.
  15. GOTTARDO, F., E. NALON, B. CONTIERO, et al. « The dehorning of dairy calves: Practices and opinions of 639 farmers », J Dairy Sci, 2011, vol. 94, p. 5724-5734.


(Révisé en juillet 2016)