Garde d'animaux sauvages ou exotiques comme animaux de compagnie – Énoncé de position

Le 9 mai 2016

Position

L’Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV) s’oppose à la garde de toutes les espèces d’animaux sauvages indigènes ou exotiques, ou d’animaux hybrides, comme animaux de compagnie. Cette garde peut compromettre le bien-être des animaux, présenter des risques inutiles pour la santé et la sécurité des humains et des animaux de compagnie domestiques et peut avoir des répercussions néfastes sur l’écosystème. L’ACMV s’oppose aussi aux interventions chirurgicales réalisées sur ces animaux dans le seul but d’en faire des compagnons moins dangereux.

Contexte

  1. La loi définit clairement les animaux sauvages dans beaucoup de territoires.
    1. Dans la plupart des régions du Canada, la garde des animaux sauvages indigènes est interdite, à moins de posséder un permis.
    2. La loi régionale peut aussi interdire la garde des animaux exotiques qui sont considérés comme dangereux, néfastes pour l’environnement ou très difficiles à gérer en captivité en raison de techniques d’élevage spécialisées et des besoins psychologiques.
  1. Des lignes directrices fondamentales sont nécessaires afin d’établir une distinction entre des animaux non traditionnels nés en captivité (qui peuvent potentiellement être acceptables comme des animaux de compagnie) et des animaux sauvages.
    1. Quelques espèces indigènes et non indigènes de petite taille (p. ex., divers oiseaux, de petits reptiles non venimeux, des amphibiens, des poissons, des invertébrés et de petits mammifères), qui sont en voie de domestication et font l’objet d’une propagation réussie en captivité pour le commerce des animaux de compagnie. 
    2. Lorsqu’ils sont soumis aux soins d’un propriétaire responsable, ces animaux posent peu de danger pour la santé et la sécurité des humains et d’autres animaux si des protocoles de quarantaine, des pratiques d’hygiène et des mesures de sécurité bien établis sont suivis. Lorsque ces consignes ne sont pas respectées, il existe un risque pour la santé de la faune indigène et de l’écosystème (1-7).
  1. Même si des espèces d’animaux sauvages indigènes ou exotiques (p. ex., de grands carnivores, des primates non humains et/ou des reptiles venimeux) sont nées en captivité et qu’elles sont offertes pour le commerce d’animaux familiers, ces dernières ne font pas de bons animaux de compagnie.
    1. Même si ces animaux peuvent s’habituer aux personnes et semblent être dociles, ils présentent un risque potentiel sérieux pour la santé et la sécurité des humains et d’autres animaux (1-9).
    2. Ces animaux peuvent avoir été acquis par des personnes qui ne peuvent pas subvenir à leurs besoins ou qui ne possèdent pas d’information de base suffisante sur leur comportement, les soins appropriés, le logement, les besoins alimentaires et le dressage (11-13).
    3. Souvent, les carnivores et les primates non humains sont soumis à diverses interventions chirurgicales (p. ex., dégriffage, extraction des canines ou émoussement, stérilisation ou ablation de glandes) afin de prolonger leur garde comme animaux de compagnie (10-12).
    4. Si l’animal ne peut plus être gardé quand il a atteint la maturité, la séparation peut être une expérience traumatisante tant pour l’animal que pour le propriétaire et elle présente un dilemme éthique (13).
      1. Les zoos légitimes doivent répondre aux exigences des lois et de l’accréditation pour une planification responsable de la collection et ils n’accepteront pas habituellement des animaux sauvages de compagnie.
      2. Souvent, les sanctuaires disposent d’une superficie ou de ressources limitées pour accepter les animaux.
      3. La remise en liberté n’est pas une option viable vu que l’animal pourra ne pas être en mesure de survivre et pourra présenter une menace pour les humains, d’autres animaux et l’environnement. 
      4. L’euthanasie pourrait être la seule solution dans les cas où les besoins physiques et psychologiques de l’animal ne peuvent pas être comblés en toute sécurité.
  1. La liste des espèces non traditionnelles considérées acceptables pour la garde comme animaux de compagnie évolue continuellement en fonction des perspectives sociétales et législatives. Un animal devrait être considéré comme un animal de compagnie inacceptable en présence de l’un des critères suivants:
    1. L’animal présente un risque important pour la santé ou la sécurité des personnes ou d’autres animaux.
    2. L’animal présentera un risque pour l’environnement s’il s’échappe.
    3. L’acquisition de cet animal aura des répercussions sur la conservation de cette espèce ou d’une autre espèce sauvage.
      1. L’ACMV s’oppose à la capture d’animaux sauvages pour en faire des animaux de compagnie (14).
    4. L’élevage à long terme, la santé et les besoins en matière de bien-être de l’animal en captivité ne peuvent pas être comblés à tous les stades de sa vie.
    5. On ne peut pas trouver un vétérinaire compétent dans la région pour soigner l’animal.
      1. Un dressage spécial, des installations ou une expérience particulière, qui ne sont pas habituellement offerts dans les pratiques pour animaux domestiques, peuvent être requis pour fournir des soins vétérinaires appropriés aux animaux sauvages et à des espèces non traditionnelles d’animaux de compagnie.

Bibliographie

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  2. BARRAT, J., C. RICHOMME et M. MOINET. «The accidental release of exotic species from breeding colonies and zoological collections », Rev Sci Tech Off Int Epiz, 2010, vol. 29, p. 113-122. Disponible au : http://web.oie.int/boutique/extrait/12barrat113122.pdf Dernière consultation le 2 février 2016.
  3. CHROMEL, B.B., A. BELOTTO et F.X. MESLIN. « Wildlife, Exotic Pets, and Emerging Zoonoses », Emerg Infect Dis, 2007, vol. 13, p. 6-11. Disponible au : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2725831/ Dernière consultation le 2 février 2016.
  4. KORN, K.S., K.M. THOMPSON, J.M. LARSON et J.E. BLAIR. « Polly can make you sick: Pet bird-associated diseases », Cleve Clin J Med, 2009, vol. 76, p. 235-243. Disponible au : http://www.ccjm.org/content/76/4/235.full.pdf+html?sid=c4356ad2-3114-4ba3-8010-6e39a4a6232a Dernière consultation le 2 février 2016.
  5. SOUZA, M.J. « Bacterial and parasitic zoonoses of exotic pets », Vet Clin North Am Exot Anim Pract, 2009, vol. 12, p. 401-415.
  6. REASER, J.K., E.E. CLARK JR. et N.M. MEYERS. « All creatures great and minute: A public policy primer for companion animal zoonoses », Zoonoses Public Health, 2000, vol. 55, p. 385-401.
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  8. LIEBMAN, M. Detailed discussion on legal aspects of exotic pet laws and cases in US, 2004. Disponible au : http://www.animallaw.info/articles/ddusexoticpets.htm Dernière consultation le 2 février 2016.
  9. OMALU, B.I., J.T. DOMINICK, T.G. UHRICH et C.H. WECHT. « Fatal constriction of an 8-year-old child by her parents' pet python: A call for amendment to existing laws on the ownership of exotic wildlife to protect children from avoidable injury and death », Child Abuse Negl, 2003, vol. 27, p. 989-991.
  10. ASSOCIATION CANADIENNE DES MÉDECINS VÉTÉRINAIRES. Amputation partielle des doigts (onychectomie, dégriffage) des félidés non domestiques et d’autres carnivores gardés en captivité – Énoncé de position 2016. Disponible au : http://www.veterinairesaucanada.net/documents/amputation-partielle-des-doigts-des-felides-non-domestiques-et-autres-carnivores Dernière consultation le 4 mai 2016.
  11. SOULSBURY, C.D., G. IOSSA, S. KENNELL et S. HARRIS. « The welfare and suitability of primates kept as pets », J Appl Anim Welf Sci, 2009, vol. 12, p. 1-20.
  12. KEEBLE, E. « Addressing the welfare needs of exotic animal pets », J Sm An Prac, 2003, vol. 44, p. 517.
  13. KUEHN, B.M. « Wildlife pets create ethical, practical challenges for veterinarians », J Am Vet Med Assoc, 2004, vol. 225, p.171-173.
  14. ASSOCIATION CANADIENNE DES MÉDECINS VÉTÉRINAIRES. Capture des animaux sauvages pour le commerce d’animaux de compagnie – Énoncé de position 2012. Disponible au : http://www.veterinairesaucanada.net/documents/capture-danimaux-sauvages-pour-le-commerce-danimaux-de-compagnie  Dernière consultation le 2 février 2016.

 

(Révisé mars 2016)