Gestion de la douleur chez les animaux – Énoncé de position

Le 4 avril 2014

Position

« L’Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV) recommande que les vétérinaires n’effectuent pas d’interventions chirurgicales ou de traitements pour des affections médicales sans recourir à l’utilisation appropriée de médicaments anesthésiques et analgésiques. Le potentiel de douleur chez les animaux ayant subi des interventions ou étant atteints d’affections médicales doit toujours être évalué et de telles douleurs doivent être prévenues ou traitées dans la mesure du possible. »

Contexte

La nociception et la pathophysiologie de la douleur sont bien décrites et la voie est identique chez toutes les espèces vertébrées (1,2). Les réactions à la douleur particulières aux espèces sont de mieux en mieux décrites (3−5). La capacité des animaux à éprouver de la douleur ne doit pas être jugée d’après le comportement stoïque qui est habituel à beaucoup d’espèces (3−5). Il faut plutôt adopter une approche prudente pour exercer la médecine vétérinaire d’une manière éthique et humaine. Les vétérinaires ont une responsabilité professionnelle de pouvoir reconnaître la douleur et la détresse chez les espèces qu’ils traitent et de demeurer au courant des progrès dans la gestion de la douleur et la tenue de dossiers (6).

Dans le cas de la douleur provoquée par la chirurgie, une gestion exécutée avec succès exige une planification réfléchie de l’analgésie périopératoire afin d’assurer qu’un soulagement efficace de la douleur est fourni avant, durant et après la chirurgie. L’utilisation conjointe de deux ou plusieurs classes pharmacologiques de médicaments analgésiques (opioïdes, alpha-2 agonistes, anti-inflammatoires, anesthésiques locaux, anesthésiques dissociatifs) procure généralement un contrôle de la douleur plus efficace, avec moins d’effets secondaires, que la thérapie à l’aide d’un seul médicament (1,2). Le potentiel d’effets secondaires indésirables, qui peuvent se produire lorsque des doses supérieures d’un seul agent sont utilisées, est aussi réduit (2,7). Les analgésiques et anesthésiques locaux et régionaux doivent être intégrés dans un plan de gestion périopératoire, lorsque cela est approprié. Bien que les sédatifs (p. ex., les phénothiazines, les benzodiazépines) et les anesthésiques généraux (p. ex., thiopental, propofol, gaz d’anesthésie) modifient la perception de douleur, ils ne modifient pas substantiellement le traitement nociceptif et ne devraient pas être considérés comme des médicaments analgésiques.

À l’heure actuelle, certains médicaments anesthésiques et analgésiques sont approuvés pour utilisation chez les animaux de compagnie, mais peu de médicaments sont homologués pour utilisation chez le bétail et les animaux sauvages. L’ACMV reconnaît qu’il existe un besoin urgent d’approuver des médicaments anesthésiques et analgésiques pour les espèces d’animaux destinés à l’alimentation et de fournir aux vétérinaires et aux producteurs des périodes de retrait appropriées pour ces médicaments. Il y a des programmes d’assurance de la qualité pour certaines espèces de bétail qui interdisent l’utilisation en dérogation des directives de l’étiquette des médicaments anesthésiques et analgésiques. Il est improbable que l’utilisation en dérogation des directives de l’étiquette des médicaments anesthésiques et analgésiques dans certaines situations présente un risque important pour la santé humaine (c.-à-d., les jeunes animaux de ferme qui ne seront commercialisés que dans plusieurs mois ou les animaux sauvages anesthésiés à des fins de recherche ou de contrôle animalier lorsque la saison de chasse n’ouvrira que dans plusieurs mois).  L’ACMV ne peut pas appuyer des programmes d’assurance de la qualité qui favorisent le traitement cruel de toute espèce en interdisant l’utilisation prudente des médicaments anesthésiques et analgésiques en dérogation des directives de l’étiquette.

Compte tenu de l’absence actuelle de médicaments anesthésiques et analgésiques pour utilisation chez le bétail et les animaux sauvages, l’ACMV appuie l’utilisation responsable de ces médicaments en dérogation des directives de l’étiquette par les vétérinaires afin d’assurer le traitement sans cruauté de toutes les espèces (8). L’ACMV exhorte aussi les organismes de réglementation fédéraux à élaborer des programmes qui facilitent l’approbation de médicaments anesthésiques et analgésiques appropriés pour les diverses espèces ou à exempter la plupart de ces médicaments des restrictions qui favorisent involontairement le traitement inhumain des animaux.

Les méthodes non pharmacologiques de contrôle de la douleur, comme l’acupuncture, l’échographie ou la thérapie laser, la physiothérapie et la réadaptation et le massage thérapeutique, ainsi qu’une amélioration de la gestion des animaux, comme par des programmes de perte de poids ou l’utilisation de diètes appropriées, peuvent être utilisées dans certains cas pour améliorer le confort d’un animal atteint d’affections douloureuses ou ayant subi des interventions douloureuses, conjointement à des thérapies pharmacologiquement actives (2).

Bibliographie

1. MEINTJES, R.A.  « An overview of the physiology of pain for the veterinarian », Vet J., 2012, vol. 193, p. 344-348.

2. DYSON, DH. « Perioperative pain management in veterinary patients », Vet Clin North Am Small Anim Pract, 2008, vol. 38, p. 1309-1327.

3. WEARY, D.M., L. NIEL, F.C. FLOWER  et D. FRASER. « Identifying and preventing pain in animals », Appl Anim Behav Sci, 2006, vol. 100, p. 64-76.

4. DIESCH, T.J., D.J. MELLOR, C.B. JOHNSON et R.G. LENTLE. « Responsiveness to painful stimuli in anaesthetised newborn and young animals of varying neurological maturity (wallaby joeys, rat pups and lambs) », ALTEX, 2007, vol. 14, p. 549-552.

5. WEBER, E.S., 3e. « Fish analgesia: Pain, stress, fear aversion, or nociception? », Vet Clin North Am Exot Anim Pract, 2011, vol. 14, p. 21-32.

6. ROLLIN, B.E.  « Animal pain: What it is and why it matters », J Ethics, 2011, vol. 25, p. 425-437.

7. AAHA/AAFP PAIN MANAGEMENT GUIDELINES TASK FORCE.  « AAHA/AAFP Pain Management Guidelines for Dogs and Cats », J Amer Anim Hosp Assoc, 2007, vol. 43, p. 235-248.

8. SMITH, G. « Extralabel use of anesthetic and analgesic compounds in cattle », Vet Clin North Am Food Anim Pract, 2013, vol. 29, p. 29-45.

Révisé en juillet 2013