Lutte contre les animaux nuisibles – Énoncé de position

Le 16 juillet 2014

Position

L’Association canadienne des médecins vétérinaires reconnaît que des mesures antiparasitaires mortelles et non mortelles peuvent être requises pour lutter contre les animaux nuisibles et réduire les dommages ou les conflits, promouvoir une production agricole durable, contrôler les maladies et/ou assurer la conservation de la biodiversité.  De telles mesures devraient être non cruelles, basées sur des données scientifiques, avoir des impacts minimes sur l’environnement et la santé humaine et respecter les lois locales et les règlements municipaux.  

Contexte

  1. Historiquement, le bien-être des animaux nuisibles a reçu peu d’attention, tandis que l’impact économique et écologique a fait l’objet de recherches plus vastes.  À l’échelle mondiale, il se dessine une tendance qui prône la considération des répercussions des mesures de contrôle sur le bien-être des animaux nuisibles (1-8).
  2. Les animaux nuisibles incluent des animaux sauvages ou féraux surabondants ou indésirables et des animaux vertébrés et invertébrés qui sont contrôlés pour des raisons liées à la protection des humains, des animaux et/ou de l’environnement (2,4,9).
    1. La Loi canadienne sur les produits antiparasitaires définit un « parasite » comme un animal, une plante ou un autre organisme qui est, directement ou non, nuisible, nocif ou gênant, ainsi que toute fonction organique ou condition nuisible, nocive ou gênante d’un animal, d’une plante ou d’un autre organisme (9).
    2. La connaissance et le respect des lois fédérales, provinciales et municipales sont requis lors de la mise en œuvre de mesures de contrôle contre les animaux nuisibles.
  3. Des programmes de lutte antiparasitaire intégrée (LAI) devraient être adoptés comme mesure de première ligne pour réduire le besoin de contrôle des espèces nuisibles (10-12).  Cela comprend, entre autres :
    1. L’identification active des problèmes éventuels liés aux animaux nuisibles avant qu’il ne se développe une situation problématique, par une planification et une gestion proactives des environnements afin de prévenir ou de décourager les organismes de devenir des animaux nuisibles ou des parasites.
    2. La surveillance des populations d’organismes nuisibles et bénéfiques, la quantification des dommages qu’ils infligent et l’évaluation des changements écologiques qui leur sont associés.
    3. L’établissement de seuils, incluant le risque de maladies infectieuses, qui faciliteront la mise en œuvre de mesures de contrôle antiparasitaire pour réduire les populations d’animaux nuisibles à des niveaux acceptables. Dans de rares cas, cela peut nécessiter le déracinement des espèces envahissantes.
    4. L’évaluation et le perfectionnement continus des stratégies de gestion antiparasitaire en s’appuyant sur des considérations humanitaires et éthiques, la santé et la sécurité, l’impact environnemental ainsi que l’efficacité générale.
    5. L’évaluation des résultats si les procédures de gestion antiparasitaire ne sont pas mises en œuvre.
  4. Un contrôle antiparasitaire efficace fait appel à des stratégies qui peuvent inclure une combinaison de stratégies biologiques, physiques, mécaniques, culturelles et comportementales ainsi que des contrôles chimiques. (2,4,7,8,10,13-20).
    1. Les répercussions sur le bien-être, la sécurité et l’écologie de la stratégie choisie doivent toujours être considérées. 
    2. Les méthodes non mortelles devraient être évaluées et mises en œuvre dans la mesure du possible.
      1. Les exemples de méthodes de contrôle antiparasitaires non mortelles incluent l’installation de barrières physiques; l’élimination des sources de nourriture; l’enlèvement des refuges; les répulsifs et les méthodes dissuasives (biologiques, chimiques, physiques); le contrôle de la fertilité; la vaccination contre les maladies infectieuses; et l’utilisation de pièges pour la capture non cruelle et la mise en liberté subséquente.
      2. Les facteurs à considérer lors de l’utilisation des méthodes non mortelles qui peuvent avoir un impact négatif sur le bien-être comprennent le temps de retenue; les effets de l’exposition ou de la déshydratation; la douleur; l’anxiété; la peur et/ou la détresse; l’impact à long terme des blessures et des sources de nourriture inadéquates ou inconnues ou un refuge dans un lieu de translocation. (14,16,18,20,21)
      3. L’impact écologique de certaines méthodes non mortelles devrait être considéré avant la mise en œuvre.  Par exemple, la transmission de maladies peut découler du piégeage et de la translocation des espèces nuisibles.
    3. Lorsque des méthodes mortelles sont utilisées, les méthodes les moins cruelles devraient être choisies et tous les efforts raisonnables devraient être déployés pour limiter les impacts écologiques néfastes.
      1. L’ACMV considère que lorsque des animaux sont tués pour des raisons humanitaires, la mort doit être rapide et infligée par une méthode qui cause le moins de douleur et de détresse possible (22).
      2. Des exemples de méthodes mortelles pour la lutte contre les animaux nuisibles incluent le tir au fusil; la chasse; l’électrocution; des pièges, des filets et des collets mortels; l’effondrement des tanières avec des explosifs; l’introduction de prédateurs ou de maladies; et l’utilisation de produits chimiques tels que des poisons et des gaz (2,4,5,7,8,10,11,19,24,25)
      3. Lorsque des méthodes chimiques sont employées, les effets primaires et secondaires nuisibles sur les espèces non visées doivent être considérés.  Ils peuvent ne pas toujours être directement mortels pour les espèces non ciblées mais peuvent compromettre la reproduction, la fonction immunitaire, l’état de santé général et la longévité. (9-11,18).
  5. Le recours aux méthodes cruelles pour contrôler les animaux nuisibles ne devrait pas être toléré (3,4,7,11,18,26).
    1. Des exemples de méthodes physiques incluent le déversement de kérosène pour ensuite y mettre le feu afin d’éliminer les coyotes et les loups; la noyade et l’utilisation de pièges collants contre les rongeurs.
    2. L’ingestion de certains produits antiparasitaires (p. ex., strychnine, composé 1080 [fluoroacétate de sodium], Avitrol [4-Aminopyridine] et Furadan [carbofuran fluidifiable], provoque des douleurs graves, des crises d’épilepsie incontrôlables et la mort par l’asphyxie.
    3. Les rodenticides communément utilisés (anticoagulants, phosphure de zinc, analogues de cholécalciférol) sont considérés comme cruels parce qu’ils causent des dommages physiologiques directs considérables, des souffrances prolongées et/ou de la douleur.
  6. L’ACMV préconise l’élaboration de Codes de pratiques et de procédures opérationnelles normalisées adaptés aux espèces pour les mesures de contrôle des animaux nuisibles.   L’ACMV appuie de nouveaux travaux de recherche et le perfectionnement des mesures de contrôle des animaux nuisibles, y compris un modèle et des matrices objectifs pour évaluer la nature non cruelle en s’appuyant sur les renseignements scientifiques disponibles et un jugement informé afin d’améliorer le bien-être des animaux nuisibles lorsqu’ils font l’objet d’une gestion.

Bibliographie 

1. BRACKE, M.B.M. « Providing cross-species comparisons of animal welfare with a scientific basis », Njas-Wagen J Life Sc, 2006, vol. 54, p. 61-75.

2. LITTIN, K.E. « Animal welfare and pest control: meeting both conservation and animal welfare goals », Anim Welfare, 2010, vol. 19, no 2, p. 171-176.

3. LITTIN, K.E. et D.J. MELLOR. « Strategic animal welfare issues: Ethical and animal welfare issues arising from the killing of wildlife for disease control and environmental reasons », Rev Sci Tech Off Int Epi, 2005, vol. 24, p. 767-782.

4. LITTIN, K.E., D. MELLOR, B. WARBURTON et C.T. EASON. « Animal welfare and ethical issues relevant to the humane control of vertebrate pests », N Z Vet J, 2004, vol. 52, p. 1-10.

5. MARKS, C.A. « Ethical issues in vertebrate pest control: Can we balance the welfare of individuals and ecosystems? », in MELLOR, D.J., V. MONAMY (éd). The Use of Wildlife in Research, 1999, p. 79-89.

6. MELLOR, D.J. et K.E. LITTIN. « Using science to support ethical decisions promoting humane livestock slaughter and vertebrate pest control », Anim Welfare, 2004, vol. 13, p. S127-132.

7. MASON, G. et K.E. LITTIN. « The humaneness of rodent pest control », Anim Welfare, 2003, vol.12, p. 1-37.

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9. GOUVERNEMENT DU CANADA. Loi sur les produits antiparasitaires.  Site Web de la législation (Justice), 2006. Disponible au : http://laws-lois.justice.gc.ca/fra/acts/P-9.01/page-1.html#h-1 Dernière consultation le 1er août 2014.

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11. SHARP, T. et G. SAUNDERS. A model for assessing the relative humaneness of pest animal control methods.  Australian Government Department of Agriculture, Fisheries and Forestry, Canberra, ACT, 2008. Disponible au : http://www.daff.gov.au/animal-plant-health/welfare/aaws/humaneness-of-pest-animal-control-methods  Dernière consultation le 1er août 2014.

12. BROOM, D.M. « The welfare of vertebrate pests in relation to their management », in Cowan, D.P. et C.J. FEARE (éd). Advances in Vertebrate Pest Management, Fürth, Allamagne, Flander Verlag, 1999, p. 309-329.

13. DEFRA (2005). Review of effectiveness, environmental impact, humaneness and feasibility of lethal methods for badger control. A report to European Wildlife Division, Defra, 20 octobre 2005. Department for Environment, Food and Rural Affairs, R.-U., Londres, visualisé le 19 juillet 2007. Disponible au :  http://www.bovinetb.info/docs/Review-of-effectiveness-environmental-impact-humaneness-and-feasibility-of-lethal-methods-for-badger-control.pdf Dernière consultation le 1er août 2014.

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20. SCHUTZ, K.E., E. AGREN, M. AMUNDIN, B. RÖKEN, R. PALME et T. MÖRNER. « Behavioural and physiological responses of trap-induced stress in European badgers ». J Wildl Manage, 2006, vol. 70, p. 884-891.

21. WHITE, P.J., T.J. KREEGER, U.S. SEAL et al. « Pathological responses of red foxes to capture in box traps », J Wildl Manage, 1991, vol. 55, p. 75-80.

22.  ASSOCIATION CANADIENNE DES MÉDECINS VÉTÉRINAIRES. Énoncé de position, Euthanasie, Ottawa, Ontario, 2014.

23. WARBURTON, B. et I. ORCHARD.  « Evaluation of five kill traps for effective capture and killing of Australian brushtail possums (Trichosurus vulpecular) », New Zeal J Zool, 1996, vol. 23, p. 307-314.

24. WARBURTON, B., N.G. GREGORY et G. MORRISS. « Effect of jaw shape in kill-traps on time to loss of palpebral reflexes in brushtail possums », J Wildl Dis, 2000, vol. 36, p. 92-96.

25. WOODROFFE, R., F.J. BOURNE, D.R. COX et al. « Welfare of badgers (Meles meles) subjected to culling: Patterns of trap-related injury », Anim Welfare, 2005, vol. 14, p. 11-17.

26. SHERLEY, M.  « Is sodium fluoroacetate (1080) a humane poison? », Anim Welfare, 2007, vol. 16, p. 449-458.

(Révisée en juillet 2014)