Utilisation des plombs pour la chasse et la pêche au Canada – Énoncé de position

Le 4 avril 2014

Position

L’Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV) s’oppose à l’utilisation de la grenaille de plomb dans les cartouches de chasse et des plombs utilisés pour la pêche, en raison de la toxicité directe et indirecte qu’ils peuvent induire chez la faune. L’ACMV appuie fortement le développement et l’utilisation de matériaux non toxiques pour les besoins de la chasse et de la pêche.

Contexte

  1. Au Canada, le plomb a été l’une des premières substances à être ajoutée à la Liste des substances toxiques (Annexe 1) dans la version originale de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement (LCPE) de 1988. 
  2. La toxicité du plomb a été amplement décrite chez les espèces sauvages, particulièrement chez la sauvagine et les rapaces. Avant l’entrée en vigueur des interdictions, les pertes annuelles étaient estimées à 2,5 millions d’oiseaux en Amérique du Nord (1).
    1. Il a été démontré que les cygnes et d’autres oiseaux aquatiques ingèrent la grenaille de plomb utilisée pour la chasse et que les huards ingèrent des plombs et des turluttes de pêche à base de plomb car ils les méprennent pour de la nourriture ou du gravier pendant qu’ils se nourrissent au fond des lacs ou des étangs ou dans les champs agricoles.   Chez certaines espèces, comme le plongeon huard (Gavia immer), la toxicité au plomb est la principale cause de mortalité (1,2).
    2. Les prédateurs et les charognards, comme les aigles, les faucons, les grands-ducs d’Amérique et les condors, peuvent s’empoisonner par inadvertance après avoir mangé du gibier à plume malade, mort ou paralysé ou des carcasses d’ongulés ou de rongeurs contenant des fragments incrustés de munitions au plomb jetée par les chasseurs (3-7). 
    3. Parmi les espèces d’oiseaux terrestres signalées comme ingérant de la grenaille de plomb et souffrant d’une toxicité subséquente, citons les tourterelles tristes (Zenaida macroura), les faisans de Colchide (Phasianus colchicus), les colins de Virginie (Colinus virgianus), les dindons sauvages (Meleagris gallopavo), les bécasses d’Amérique (Scolopax minor) et les perdrix choukar (Alectoris chukar). Ces espèces peuvent consommer des plombs pendant qu’elles se nourrissent de graines sur le sol ou lorsqu’elles ingèrent de petites roches comme gravier, particulièrement dans les secteurs de chasse intensive ou dans les zones où il y a une densité élevée de grenaille de plomb provenant des fusils de chasse qui s’accumule sur le sol et dans les sédiments (p. ex., champ de tir au pigeon d’argile) (6).
    4. L’empoisonnement par le plomb et des concentrations de plomb élevées dans les tissus ont été signalés chez la sauvagine, les oiseaux percheurs, les petits mammifères et les grenouilles des champs de tir au pigeon d’argile et à la fosse olympique (8).
  3. Les effets cliniques de l’empoisonnement par le plomb sont bien documentés (1, 7, 9).
    1. Les oiseaux empoisonnés au plomb manifestent souvent des changements physiques et comportementaux, y compris la perte d’équilibre et l’incapacité de voler. Même lorsque des signes d’empoisonnement par le plomb ne sont pas évidents, les oiseaux peuvent toujours avoir de la difficulté à se nourrir, à s’accoupler, à faire leur nid et à s’occuper de leurs petits. 
    2. Une toxicité aiguë peut se produire après l’ingestion d’un seul plomb ou turlutte de pêche à base de plomb et entraîner la mort d’un oiseau dans l’espace de quelques jours. 
  4. La grenaille de plomb des cartouches de chasse est stable dans la plupart des sols et se décompose très lentement par l’oxydation, le cas échéant (10, 11). Dans certaines régions, la quantité de plomb déposée dans l’environnement provenant de la chasse et du tir à la cible a entraîné la classification du sol environnant comme un déchet dangereux (8).
  5. Le Canada exige l’utilisation des plombs non toxiques (sans plomb) : dans les réserves fauniques nationales depuis 1995, dans les marécages depuis 1997 ainsi que pour la chasse de la plupart des oiseaux migrateurs au pays depuis 1999 et du gibier à plumes sédentaire depuis 2012.
    1. L’exposition au plomb chez les canards du Canada a connu une chute spectaculaire depuis l’adoption de règlements sur les plombs non toxiques (12). 
    2. Au Canada, il est maintenant illégal d’utiliser ou de posséder des plombs ou des turluttes à base de plomb pour la pêche dans les parcs nationaux et les aires fauniques. 
    3. L’utilisation de la grenaille de plomb est toujours légale pour la chasse de certains animaux terrestres et pour le tir à la cible. 
  6. Les interdictions partielles ne sont pas aussi efficaces que des interdictions complètes en raison des problèmes liés à l’application et à la réduction des incitatifs pour la fabrication de produits de remplacement non toxiques.
    1. L’ACMV appuie des programmes de sensibilisation de la part des organismes gouvernementaux et des groupes d’intérêt afin d’informer le public à propos des dangers du plomb.
    2. On devrait faire la promotion de la fabrication et de l’utilisation de matériaux de remplacement non toxiques comme le bismuth, l’acier, l’étain ou l’argile pour les plombs de pêche et la grenaille.

Bibliographie :

  1. RATTNER, B. A. « History of wildlife toxicology », Ecotoxicology, 2009, vol. 18, p. 773-783.
  2. SCHEUHAMMER, A.M. et S.L. NORRIS. « A Review of the Environmental Impacts of Lead Shotshell Ammunition and Lead Fishing Weights in Canada », Canadian Wildlife Service Occasional Paper No. 88, 1995, Environnement Canada, Ottawa, 54 p.; disponible au :   http://publications.gc.ca/collections/Collection/CW69-1-88E.pdf Dernière consultation le 13 septembre 2013.
  3. SCHEUHAMMER, A.M, S.L. MONEY, D.A. KIRK et G. Donaldson. « Lead fishing sinkers and jigs in Canada: review of their use patterns and toxic impacts on wildlife », Canadian Wildlife Service Occasional Paper no. 108, Environnement Canada, Ottawa, 2003, 48 p.;  disponible au : http://www.collectionscanada.gc.ca/eppp-archive/100/200/301/environment_can/cws-scf/occasional_paper-e/n110/html/publications/AbstractTemplate.cfm@lang=e&id=1031 Dernière consultation le 25 septembre 2013.
  4. KENDALL, R. J., W. STANSLEY, F. LEIGHTON, et al.  « An ecological risk assessment of lead shot exposure in non-waterfowl avian species: upland game birds and raptors », Environmental toxicology and chemistry, 1996, vol. 15, p. 4-20.
  5. FISHER, I. J., D.J. PAIN et V.G. THOMAS. « A review of lead poisoning from ammunition sources in terrestrial birds », Biol Conser, 2006, vol. 131, p. 421-432.
  6. HUNT, W. G., W. BURNHAM, C.N. PARISH, K.K. BURNHAM, B. MURTCH et J.L. OAKS. « Bullet fragments in deer remains: implications for lead exposure in avian scavengers », Wildlife Society Bulletin, 2006, vol. 34, p. 167-170.
  7. CHURCH, M.E., R. GWIAZDA, R.W. RISEBROUGH, et al.  « Ammunition is the principal source of lead accumulated by California Condors re-introduced to the wild », Environ Sci Tech, 2006, vol. 40, p. 6143-6150.
  8. HUI, C.A. « Lead distribution throughout soil, flora, and an invertebrate at a wetland skeet range », Journal of Toxicology and Environmental Health A, 2002, vol. 65, p. 1093-1107.
  9. DE FRANCISCO, N., J.R. TROYA et E.I. AGÜERA. « Lead and lead toxicity in domestic and free living birds », Avian Pathology, 2003, vol.  32, p. 3-13.
  10. PATTEE, O.H. et D.J. PAIN. « Lead in the Environment », in D.J. HOFFMAN, , B.A. RATTNER, G.A. BURTON Jr., J. CAIRNS Jr., éd., Handbook of Ecotoxicology. 2e édition, Boca Raton, Floride, Lewis Publishers, CRC Press LLC, 2003, p. 373-408.
  11. HENNY, C.J.  « Effects of mining lead on birds: A case history of Coeur d’Alene Basin, Idaho », in D.J. HOFFMAN, B.A. RATTNER, G.A. BURTON Jr., J. CAIRNS Jr., éd., Handbook of Ecotoxicology, 2e édition, Boca Raton, Floride, Lewis Publishers, CRC Press LLC, 2003, p. 373-408
  12. STEVENSON, A.L., A.M. SCHEUHAMMER et H.M. Chan.  « Effects of lead shot regulations on lead accumulation in ducks in Canada », Archives of Environmental Contamination and Toxicology, 2005, vol. 48, p. 405-413.

Révisé en juillet 2013