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Affections des voies urinaires inférieures chez les chats

Le 12 avril 2018

La maladie des voies urinaires inférieures des félidés est une affection courante chez les chats. L’appareil urinaire inférieur désigne la vessie et l’urètre (le tube qui va de la vessie vers l’extérieur), tandis que les reins et les uretères composent l’appareil urinaire supérieur. La maladie des voies urinaires inférieures peut se manifester par des infections, la formation de cristaux ou de pierres (ou calculs), une cystite idiopathique (sans cause sous-jacente évidente), le cancer de la vessie ou d’autres affections. Les chats peuvent être prédisposés à ces affections par la déshydratation (particulièrement lorsqu’ils se nourrissent seulement de nourriture sèche), le stress, l’obésité, une alimentation inadéquate, la maladie rénale, le diabète ou une foule d’autres facteurs.

Beaucoup de chats souffrant d’une maladie de l’appareil urinaire inférieur manifestent des symptômes comme l’urination à l’extérieur de la litière, urinent du sang ou éprouvent de la douleur pendant qu’ils urinent. La maladie urinaire peut entraîner une obstruction urinaire complète (un blocage causant l’incapacité d’uriner), particulièrement chez les chats mâles. C’est une affection potentiellement mortelle si elle demeure sans traitement. Beaucoup de termes existent pour décrire les symptômes des voies urinaires inférieures des chats, y compris la maladie des voies urinaires inférieures des félidés, le syndrome urologique félin (SUF) et autres.

SYMPTÔMES

Les chats atteints d’une maladie urinaire peuvent manifester l’un ou plusieurs des symptômes décrits ci-dessous :

  • Sang dans l’urine
  • Urine dégageant une forte odeur
  • Douleur lors de la miction (pleurs ou vocalisations)
  • Effort lors de la miction, avec ou sans production d’urine
  • Miction fréquente ou petit volume d’urine
  • Léchage excessif autour du pénis ou de la vulve
  • Toilettage excessif de l’abdomen au-dessus de la vessie
  • Miction inappropriée à l’extérieur de la litière (sur le plancher, dans la baignoire, etc.)
  • Des cristaux fins ou une substance poudreuse dans la fourrure autour de l’ouverture du tractus urinaire
  • Ils peuvent se cacher
  • Diminution de l’appétit

Dans les stades avancés de la maladie, particulièrement chez les mâles, l’obstruction peut se produire et elle peut se manifester sous forme de vomissements, de faiblesse, de collapsus et de léthargie. À noter que chez certains chats, l’obstruction est le premier symptôme urinaire observé.

Types de maladies urinaires

  • Des calculs (urolithes) et des cristaux (crystallurie) peuvent se former dans les voies urinaires et causer de l’obstruction, mais s’ils ne sont pas assez gros pour bloquer l’urètre, ils peuvent produire une inflammation et une irritation importantes dans la vessie (cystite) et l’urètre (urétrite). De très petites pierres qualifiées de « sable » peuvent parfois aussi s’accumuler. Les pierres et les cristaux causent : une irritation physique en raison du déplacement et du frottement contre la paroi; des dommages à la muqueuse normale de la vessie; et de l’irritation causée par une urine dont l’équilibre d’acidité-alcalinité est anormal. Des cristaux et des pierres se forment lorsque l’urine est concentrée (densité spécifique élevée), trop acide ou basique ou si elle contient une concentration trop élevée de minéraux comme le calcium, le magnésium, l’ammonium ou le phosphate.
  • La cystite interstitielle féline (CEF), aussi appelée « cystite idiopathique féline », est une maladie inflammatoire de la vessie communément observée qui est causée par le stress, des facteurs génétiques et d’autres conditions qui stimulent l’inflammation et les dommages à la paroi de la vessie. Les chats d’intérieur ayant un style de vie sédentaire, de l’anxiété ou une absence de stimulation s’exposent au risque le plus élevé. Les facteurs de risque incluent aussi l’obésité, l’urine concentrée et une mauvaise alimentation. L’urine des chats atteints de CEF est stérile sans cristaux ni pierres, cependant une inflammation et de la douleur sévères sont présentes. Il s’agit peut-être de l’une des causes les plus fréquentes de maladie de l’appareil urinaire inférieur chez les chats domestiques d’aujourd’hui.
  • Les infections urinaires ne sont pas courantes chez les chats, particulièrement chez les animaux jeunes ou mâles. Lorsqu’elles se produisent, elles peuvent être présentes seules ou plus communément avec l’une des autres affections décrites comme facteur de complication.
  • Le cancer de la vessie (habituellement le carcinome transitionnel), quoique rarement observé, peut causer des saignements ou de l’infection et de l’irritation des tissus autour de la tumeur.
  • Des maladies congénitales (déficiences de naissance), notamment des appareils urinaires mal formés, des uretères mal placés, des maladies rénales sous-jacentes ou d’autres maladies peuvent aussi se produire.
  • L’« arrosage » n’est pas véritablement une maladie urinaire, mais plutôt un comportement normal des chats mâles intacts ou des chats exposés à la testostérone qui consiste à lever la queue et à « arroser » des surfaces verticales d’un fin jet pour marquer leur territoire.

« Blocage » ou obstruction des voies urinaires inférieures

Le blocage de l’appareil urinaire des chats peut être causé par l’une des affections susmentionnées et peut être précédé par l’un des signes précédemment discutés ou l’absence de symptômes. Les chats mâles sont fortement prédisposés à être victimes d’un blocage parce que leur urètre est long et mince. Un blocage peut se développer si le chat a des calculs ou du sable qui se déplace de la vessie ou des reins et se loge dans l’urètre étroit. Un blocage peut aussi se produire s’il se forme un anneau de tissu cicatriciel, si de l’inflammation ou une infection cause de l’enflure, si un spasme provoque la fermeture de l’urètre ou si un caillot de mucus ou de sang bloque l’urètre.

Les chats atteints d’une obstruction des voies urinaires inférieures se forcent souvent pour uriner très peu ou pas du tout. Ils éprouvent beaucoup de douleur et peuvent vomir ou aller se cacher. Les chats peuvent s’écrouler et manifester une faiblesse extrême dans les stades avancés de la maladie. Des signes additionnels peuvent inclure des hurlements pendant qu’ils forcent, un comportement de détresse, une perte d’appétit et la progression vers l’incapacité de bouger. Si l’obstruction n’est pas traitée, les chats non traités peuvent mourir dans un délai de 48 heures en raison d’une insuffisance rénale ou de perturbations des électrolytes. Les niveaux de potassium augmentent généralement et, dans des conditions extrêmes, ces niveaux élevés peuvent provoquer l’arrêt du cœur. La rupture de la vessie peut aussi se produire et s’avérer mortelle sans traitement rapide.

Cette affection est extrêmement douloureuse et potentiellement mortelle — ne tardez donc pas à solliciter des soins vétérinaires si vous soupçonnez un tel problème. C’est une maladie qui exige un traitement urgent. N’attendez pas au lendemain matin, mais rendez-vous le plus tôt possible à la clinique d’urgence.

DIAGNOSTIC

Les antécédents médicaux recueillis auprès du propriétaire du chat et un examen vétérinaire complet serviront à poser un diagnostic pour la maladie des voies urinaires inférieures. L’équipe vétérinaire peut aussi réaliser une analyse d’urine et une culture d’urine, prendre des radiographies ou effectuer une échographie afin de diagnostiquer et de caractériser la maladie. Un profil sanguin est souvent recommandé afin de réaliser des évaluations plus poussées et de déterminer la fonction rénale, les niveaux d’électrolytes et d’écarter des maladies secondaires ou sous-jacentes. Certaines maladies, comme la CIF ou une miction inappropriée, peuvent être diagnostiquées en excluant d’autres maladies ou elles peuvent exiger des tests plus poussés.

TRAITEMENT

Selon la situation, l’une ou plusieurs des thérapies qui suivent peuvent être les plus appropriées. Pour les affections susmentionnées, une intervention précoce donne lieu à un meilleur pronostic.

  • Médicaments analgésiques et anti-inflammatoires (l’usage pourra dépendre de la fonction rénale).
  • Les antibiotiques sont utilisés si une infection urinaire est confirmée et la prescription se fonde idéalement sur les résultats des cultures et des tests de sensibilité.
  • Les aliments à formulation pour troubles urinaires sont fréquemment utilisés comme mesure complémentaire ou préventive; la nourriture en conserve est privilégiée en raison du taux d’humidité élevé.
  • Une thérapie antispasmodique peut être ajoutée afin de détendre l’urètre, le plus souvent à l’aide d’un médicament appelé « prazosine ».
  • Différents nutraceutiques peuvent être envisagés. Ils comprennent notamment la L-théanine, la glucosamine, les acides gras et les glucides complexes afin d’appuyer la paroi protectrice de la vessie.
  • Enrichissement du milieu et réduction du stress. Cela peut inclure des endroits privés qui sont tranquilles et libres de compétitions entre les chats, des moments pour le jeu, des phéromones, des jouets, des plats supplémentaires, des litières propres, des perchoirs et des poteaux à gratter. Une vue sur l’extérieur (pour regarder les oiseaux, les conditions météo, etc.) peut divertir les chats et contribuer à soulager l’ennui.
  • La chirurgie (la cystotomie) peut être nécessaire si le chat a de gros calculs ou plusieurs pierres, particulièrement s’ils sont à base de calcium. La dissolution à l’aide de l’alimentation est souvent tentée de prime abord selon les résultats des tests.
  • Le déblocage est nécessaire si l’urètre est obstrué. Le but de cette intervention consiste à rincer le calcul en dehors de l’urètre et dans la vessie. Des solutions intraveineuses sont souvent administrées afin de normaliser les électrolytes et de rincer les toxines du courant sanguin (principalement l’urée, le potassium et la créatinine). C’est une intervention qui exige l’hospitalisation. Une fois que l’obstruction est enlevée et que la vessie est complètement rincée, un cathéter est laissé dans l’urètre afin de permettre à la vessie distendue de récupérer. Des médicaments analgésiques adéquats, une thérapie anti-inflammatoire et des médicaments de réduction des spasmes sont essentiels. Après le déblocage, la production d’urine est étroitement surveillée et les signes vitaux sont vérifiés régulièrement pendant le séjour à la clinique. L’hospitalisation se poursuit jusqu’à ce que l’on puisse confirmer que les mictions se produisent pendant la journée suivant l’enlèvement du cathéter urinaire. Le risque de formation d’un nouveau blocage est le plus élevé dans la semaine suivant le premier blocage car l’enflure et les spasmes se poursuivent dans les voies urinaires.
  • Des médicaments sont disponibles afin d’aider à gérer le stress et l’anxiété et ils peuvent être utiles durant la phase active de la maladie afin de favoriser la guérison.
  • Dans de rares cas, on peut devoir réaliser une chirurgie appelée « urétrostomie périnéale » afin d’écourter et d’élargir l’urètre du mâle en enlevant le pénis. C’est généralement une intervention de dernier recours qui est utilisée en cas d’obstruction incurable en raison des risques de complications à long terme.

STRATÉGIES DE PRÉVENTION

Réduction du stress
La réduction du stress est très importante car les chats développent souvent des problèmes des voies urinaires lorsqu’ils se sentent menacés, qu’ils s’ennuient ou s’ils éprouvent de l’anxiété générale. Pour ce faire, on peut inclure plus de moments de jeu, supprimer les sources d’anxiété, insister sur une bonne alimentation ou ajouter des suppléments. Un enrichissement accru peut être le plus important de ces facteurs. La CIF et les problèmes de comportement présentent tous deux un lien important avec les niveaux de stress.

Alimentation et eau
On devrait toujours donner des aliments équilibrés conçus spécialement pour les chats. La nourriture humide (en conserve) est préférable aux croquettes car elle préserve l’hydratation et minimise le contenu en minéraux.

Renseignez-vous à propos des aliments à formulation urinaire qui sont disponibles — beaucoup d’entre eux sont vendus seulement sur ordonnance. Certains aliments doivent être donnés à court terme, tandis que d’autres se prêtent à une alimentation qui sera donnée pendant toute la vie comme mesure préventive. Les aliments peuvent aider à dissoudre ou à prévenir les calculs et les cristaux, à minimiser le stress et l’anxiété, à promouvoir la perte de poids, à restaurer les barrières des muqueuses et à équilibrer le pH. Différentes diètes peuvent être choisies pour différentes affections. Votre vétérinaire pourra vous communiquer des renseignements sur les diverses options sur ordonnance ou en vente libre.

On devrait offrir de l’eau fraîche en tout temps. Il faut la changer au moins deux fois par jour et encourager les chats à boire. Certains chats pourront vouloir de l’eau froide, tandis que d’autres aimeront de l’eau à la température ambiante. De grands bols et des fontaines pour chats pourront encourager certains chats à boire. L’ajout d’eau à la nourriture est aussi une bonne option pour accroître la consommation d’eau.

Obésité et exercice
Il est moins probable que les chats qui sont en bonne forme physique et qui ont suffisamment d’exercice développent une maladie urinaire (et beaucoup d’autres problèmes systémiques). La restriction des calories, de l’exercice régulier et un bon plan nutritionnel pourront minimiser les risques de maladie des voies urinaires inférieures ou la récurrence de celle-ci.

Litières
Il faut nettoyer les litières fréquemment et surveiller les chats afin de détecter des signes inhabituels, particulièrement de l’urine teintée de sang ou un changement au niveau du volume d’urine. La plupart des chats préfèrent des boîtes ouvertes (quoique certains pourront préférer une boîte couverte) et, en règle générale, des boîtes plus grandes et peu profondes sont préférables. Évitez les litières fortement parfumées et assurez-vous d’avoir suffisamment de litières. Une litière pour chaque chat et une boîte additionnelle représentent un bon point de départ. Gardez les litières à distance l’une de l’autre et ne changez pas fréquemment l’emplacement. Les litières devraient se situer dans des endroits calmes à distance des laveuses, des portes et des zones passantes.

Comportement d’élimination
Observez votre chat et portez une attention particulière à ses habitudes d’élimination. Les premiers signes de problèmes sont semblables à ceux associés aux problèmes de constipation (efforts fréquents). La miction à l’extérieur de la litière, les trajets fréquents à la litière et l’effort lors de la miction sont tous des signes préoccupants. En cas de doute, contactez votre vétérinaire.

PRONOSTIC

Une fois que les chats ont un blocage urinaire, ils s’exposent à un risque plus élevé de complications, notamment un nouveau blocage, des dommages aux reins et la cicatrisation de l’urètre ou à la présence continuelle de symptômes urinaires. Des aliments spéciaux sont souvent requis pendant le reste de la vie et un traitement médical pourra aussi être requis. Des complications pourront aussi se produire en raison d’un trouble urinaire. Votre vétérinaire examinera les résultats possibles avec vous au moment du traitement.

En résumé, la maladie des voies urinaires est commune chez les chats et, si elle progresse, elle peut causer un blocage potentiellement mortel ou d’autres complications à long terme. Il faut toujours solliciter des soins professionnels rapidement pour des troubles des voies urinaires.

Dre Kathleen Cavanagh, consultante en rédaction en ligne de l’ACMV, B.Sc., D.M.V., MET
Dr Matthew Kornya, consultant, B.Sc., D.M.V., résident ABVP      

Le 29 janvier 2018