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Amputation partielle des doigts (onychectomie ou dégriffage) des félidés domestiques - Énoncé de position

Le 16 mars 2017

Position

L’Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV) s’oppose à l’amputation partielle des doigts (APD) qui est non urgente et non thérapeutique et est communément appelée dégriffage ou onychectomie des chats domestiques. 

Sommaire

  • Faire ses griffes est un comportement naturel des chats.
  • L’ACMV considère que l’APD non thérapeutique est inacceptable du point de vue éthique lorsqu’elle est réalisée sans une éducation complète des clients, qui comprend un examen approfondi des solutions de remplacement offertes, car la chirurgie présente le potentiel de causer de la douleur inutile et évitable et il existe des solutions de remplacement pour l’APD.
  • Les médecins vétérinaires devraient éduquer les clients à propos des stratégies qui offrent des solutions de remplacement pour l’APD. 

Contexte 

  1. Faire ses griffes est un comportement félin normal. C’est un moyen pour les chats d’effectuer un marquage visuel et olfactif de leur territoire, de faciliter l’entretien de leurs griffes et d’étirer tout leur corps. Les griffes sont utilisées pour aider les chats avec leur équilibre ainsi que pour grimper et se défendre.
  1. L’amputation partielle des doigts (APD) est l’enlèvement chirurgical de la troisième phalange de chaque doigt. Une APD non thérapeutique est généralement réalisée pour la commodité du propriétaire afin d’éliminer la capacité d’un chat de causer des dommages lorsqu’il fait ses griffes. La chirurgie vise habituellement les pattes avant quoique l’on effectue parfois une chirurgie des quatre pattes.
  1. Les médecins vétérinaires s’efforcent d’utiliser leurs connaissances scientifiques pour promouvoir la santé et le bien-être animal et soulager les souffrances animales conformément aux principes de la déontologie de la médecine vétérinaire (1). Avec ou sans preuves scientifiques concrètes, on doit considérer les aspects éthiques du bien-être de l’animal. Les médecins vétérinaires doivent considérer les avantages offerts aux félidés par une APD non médicale. Il existe des solutions de remplacement viables à l’APD. Donc, du point de vue de l’éthique, l’ACMV considère que cette chirurgie est inacceptable, car elle n’offre aucun avantage aux félidés et l’absence de données scientifiques ne permet pas de prédire la probabilité d’effets secondaires négatifs à long terme sur le comportement et la physiologie.
  1. L’ACMV reconnaît qu’une thérapie médicale appropriée pourra exiger une chirurgie, y compris l’APD (2). Une chirurgie d’APD nécessaire sur le plan médical peut notamment inclure la biopsie d’un ongle ou d’une phalange ou la chirurgie pour traiter : la néoplasie du lit d’ongle ou des phalanges, un traumatisme grave ou irréversible, une maladie à médiation immunitaire affectant le lit d’ongle, la paronychie (inflammation ou infection), l’onychodystrophie (formation anormale), l’onychogryphose (hypertrophie et courbure anormale), l’onychomadèse (exfoliation), l’onychomalacie (ramollissement), l’onychomycose (infection fongique) ou l’onychoschizie (fracture) (3).
  1. L’amputation chirurgicale de la troisième phalange de chaque doigt modifie l’expression des comportements normaux des chats, cause une douleur aiguë à court terme qui est évitable et présente le potentiel de causer de la douleur chronique et des conséquences orthopédiques négatives à long terme (2,4-7).
  1. Comme pour toute chirurgie, l’APD peut se traduire par des complications attribuables à des réactions indésirables à l’anesthésie, à l’hémorragie, à l’infection et à l’absence d’une gestion de la douleur périopératoire efficace.
  1. Vu que la troisième phalange est enlevée par APD, les chats devront par la suite appuyer leur poids sur la deuxième phalange. Ce fait a impliqué l’APD comme cause de la boiterie. Cependant, il est reconnu que la boiterie est difficile à diagnostiquer et à détecter (5). Pour cela, et pour d’autres raisons, les effets orthopédiques à long terme de l’APD sont mal compris.
  1. Une étude récente à long terme a évalué des chats six mois après l’APD (6, 7). Aucune différence significative n’a été constatée entre les chats qui avaient subi une onychectomie des membres antérieurs bilatéraux et les chats qui n’avaient pas eu cette chirurgie. Plus particulièrement, aucune différence n’a été observée dans la force verticale maximale et la poussée verticale, les paramètres les plus communément évalués dans l’analyse de la démarche cinétique, lorsqu’elle est analysée au moins six mois après la chirurgie. Vu que l’étude originale a seulement considéré les chats qui avaient eu une chirurgie réussie, les résultats présentent une application et un potentiel de généralisation limités.
  1. La douleur aiguë et chronique chez les félidés peut se traduire par une augmentation de certains comportements, telles une élimination inappropriée, une vocalisation excessive et une agression accrue. L’ACMV estime que les études actuelles sur les effets comportementaux à long terme après l’APD sont insuffisantes pour tirer des conclusions fermes à propos de son rôle relativement à la douleur chronique. L’ACMV continuera donc d’examiner les nouvelles études au fur et à mesure qu’elles seront publiées (8,9).
  1. Il a été suggéré que l’APD devrait être réalisée sur les chats afin de réduire le risque pour la santé des humains immunodéprimés. Le Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis ne cite pas l’APD comme un moyen de prévenir les maladies, soit chez des personnes en santé ou chez celles qui sont immunodéprimées (10).
  1. Il n’existe pas actuellement d’études évaluées par les pairs qui identifient un taux supérieur d’abandon des chats ayant des griffes intactes par rapport aux chats qui ont subi une APD, y compris dans les pays où l’APD a été interdite. L’APD n’est pas considérée comme une solution de remplacement justifiable à l’abandon (11).
  1. La tendinectomie n’est pas une solution de remplacement acceptable pour l’APD, car elle cause une douleur post-chirurgicale semblable (8) et elle pourrait entraîner des complications accrues si les griffes ne sont pas bien entretenues.
  1. Les médecins vétérinaires devraient éduquer leurs clients à propos des solutions de remplacement raisonnables et efficaces à l’ADP, y compris des conseils sur la conception et l’emplacement des poteaux à griffer et d’autres matériaux et approches appropriés pour faire les griffes qui visent à prévenir des comportements de jeu agressifs.
  1. Les autres stratégies pour offrir des solutions de remplacement à l’APD incluent notamment :
  1. des vaporisateurs de phéromones félines pour rediriger le chat vers des matériaux de griffage plus souhaitables;
  2. du ruban à double face pour décourager les chats de faire leurs griffes sur les rebords des meubles;
  3. une coupe régulière des ongles (recommandée toutes les deux semaines);
  4. des protecteurs artificiels pour les ongles;
  5. un enrichissement du milieu et des jeux quotidiens appropriés pour réduire l’agression féline;
  6. l’évitement du jeu avec les mains et les pieds, qui pourrait porter le chat à considérer ces parties du corps humain comme des proies;
  7. l’application des principes de base du renforcement du comportement désiré, y compris l’utilisation de l’herbe à chat, des gâteries et des compliments verbaux.
  1. Les interventions d’amputation partielle des doigts sont actuellement interdites dans plusieurs pays et/ou régions, y compris l’Europe (p. ex., l’Irlande, l’Angleterre) et l’Australie.
  2. Compte tenu de l’absence actuelle d’une interdiction prescrite par la loi dans les territoires canadiens, l’ACMV, même si elle s’oppose à l’APD non urgente et non thérapeutique, appuie les mesures prises par les organismes provinciaux de réglementation de la médecine vétérinaire qui exigent que les médecins vétérinaires, au minimum, fournissent aux clients des renseignements suffisants concernant la chirurgie d’APD, les effets secondaires potentiels et des solutions de remplacement afin de permettre aux propriétaires de donner leur consentement éclairé (12).
  1. Les médecins vétérinaires ont le droit de refuser de réaliser une chirurgie d’APD non thérapeutique. Si les solutions de remplacement ne réussissent pas à éliminer les comportements des chats qui font leurs griffes, les médecins vétérinaires ont le droit et la responsabilité de s’appuyer sur leur jugement professionnel pour régler la situation d’une manière non cruelle et éthique.

 

Bibliographie

  1. Serment vétérinaire de l’ACMV. 2004. Disponible au : https://www.veterinairesaucanada.net/about/veterinary-oath Dernière consultation le 30 septembre 2016.
  2. MILLS, K.E., M.A VON KEYSERLINK et L. NIEL. « A review of medically unnecessary surgeries in dogs and cats », J Am Vet Med Assoc, 2016, vol. 248, p. 162-171.
  3. VERDE, M. 2005. Canine and Feline Nail Diseases. Proceedings of the NAVC. Disponible au : http://www.ivis.org/proceedings/navc/2005/SAE/110.pdf?LA=1 Dernière consultation le 2 août 2016.
  4. ROBINSON, D.A., C.W. ROMANS, W.J. GORDON-EVANS et al. « Evaluation of short-term limb function following unilateral carbon dioxide laser or scalpel onychectomy in cats », J Am Vet Med Assoc, 2007, vol. 230, p. 353–358.
  5. STAMPER, C. Osteoarthritis in Cats: A More Common Disease Than You Might Expect. Disponible au : http://www.fda.gov/AnimalVeterinary/ResourcesforYou/AnimalHealthLiteracy/ucm382772.htm Dernière consultation le 30 mars 2016.
  6. ROMANS, C.W., M.G. CONZEMIUS, C.L. HORSTMAN, W.J. GORDON et R.B. EVANS. « Use of pressure platform gait analysis in cats with and without bilateral ocychectomy », Am J Vet Res, 2004, vol. 65, p. 1276-1278.
  1. SCHNABL, E. et B. BOCKSTAHLER. « Systematic review of ground reaction force measurement in cats », Vet J, 2015, vol. 206, p. 83-90.
  2. HELLYER, P., I. RODAN, J. BRUNT, R. DOWNING, J.E. HAGEDORN, S.A. ROBERTSON. « AAHA/AAFP pain management guidelines for dogs and cats », J Fel Med and Surg, vol. 207, no 9, p. 466-480.
  3. CLOUTIER, S., R.C. NEWBERRY, A.J. CAMBRIDGE et K.M. TOBIAS. « Behavioural signs of postoperative pain in cats following onychectomy or tenectomy surgery », Appl Anim Behav Sci, 2005, vol. 92, p. 325-335.
  4. PANEL ON OPPORTUNISTIC INFECTIONS IN HIV-INFECTED ADULTS AND ADOLESCENTS. Guidelines for the prevention and treatment of opportunistic infections in HIV-infected adults and adolescents: Recommendations from the Centers for Disease Control and Prevention, the National Institutes of Health, and the HIV Medicine Association of the Infectious Diseases Society of America. Disponible au : https://aidsinfo.nih.gov/contentfiles/lvguidelines/adult_oi.pdf Dernière consultation le 30 mars 2016.
  5. ASPCA Position Statement on Declawing Cats. Disponible au : http://www.aspca.org/about-us/aspca-policy-and-position-statements/position-statement-declawing-cats. Dernière consultation le 30 mars 2016.
  6. Nova Scotia Veterinary Medical Association Information and Consent Form for clients who request cat declawing. Disponible au : http://celticcreatures.ca/wp-content/uploads/sites/281/2015/04/declaw.pdf. Dernière consultation le 30 mars 2016.

(Révisé en novembre 2016)