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Utilisation judicieuse des antimicrobiens en médecine vétérinaire - Enoncé de position

Le 31 mai 2021

Position

L’Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV) appuie fortement l’utilisation judicieuse des antimicrobiens par les médecins vétérinaires pour aider à protéger la santé et le bien-être des animaux, la santé publique et l’environnement.

 

Résumé

  • Les communautés vétérinaire, médicale, agricole, environnementale et réglementaire doivent travailler en coopération pour limiter le plus possible l’émergence et la propagation de la résistance aux antimicrobiens.
  • Pour atténuer le risque potentiel que représente la résistance aux antimicrobiens pour la santé publique, les médecins vétérinaires devraient s’efforcer d’employer les antimicrobiens de façon efficace et responsable en optimisant leur utilisation afin de réduire le plus possible le risque de résistance aux antimicrobiens.
  • La surveillance vétérinaire de l’utilisation et de la distribution des antimicrobiens est une pierre angulaire pour soutenir l’emploi responsable des antimicrobiens chez les animaux.
  • Une surveillance efficace exige l’existence d’une ordonnance vétérinaire pour autoriser l’utilisation des antimicrobiens importants sur le plan médical chez les animaux.
  • Des antimicrobiens vétérinaires approuvés par Santé Canada pour le traitement des affections diagnostiquées devraient être utilisés conformément aux directives de leur monographie chaque fois que c’est possible. L’emploi non conforme (en dérogation des directives de la monographie) ne doit être envisagé que s’il est étayé par de la documentation appropriée, des preuves à l’appui et d'un raisonnement sensé d’après une cascade décisionnelle documentée.
  • L’ACMV a produit des lignes directrices générales et spécifiques pour promouvoir l’utilisation prudente des antimicrobiens par la profession vétérinaire, ainsi que des ressources pour soutenir la prise de décisions éclairées, y compris en ce qui concerne les solutions de rechange aux antimicrobiens.

Contexte

  1. L’émergence de la résistance aux antimicrobiens est une préoccupation mondiale qui menace la santé humaine et animale ainsi que le bien-être des animaux et de la société (1,2). L’ACMV soutient que les communautés vétérinaire, médicale, agricole, environnementale et réglementaire doivent travailler en collaboration pour limiter le plus possible l’émergence et la propagation de la résistance aux antimicrobiens.
  2. Les médecins vétérinaires utilisent des médicaments antimicrobiens pour maîtriser et traiter les maladies et pour soutenir la santé et le bien-être des animaux. Les médecins vétérinaires sont les professionnels les mieux qualifiés pour évaluer les avantages et les risques de l’utilisation des antimicrobiens (UAM) chez les animaux et pour informer leurs clients de l’importance de l’usage prudent de ces produits.
  3. L’utilisation judicieuse des antimicrobiens comprend les approches multimodales et dynamiques nécessaires pour maintenir l’efficacité clinique des antimicrobiens en optimisant leur utilisation et en ayant recours lorsque c’est possible à d’autres options comme la vaccination, les modifications des pratiques de régie ou des installations, et les solutions de rechange aux antimicrobiens. Lorsque des antimicrobiens sont nécessaires, leur utilisation judicieuse signifie de sélectionner le produit, la posologie, la durée de traitement et la voie d’administration qui seront les plus efficaces tout réduisant le risque d’émergence de la résistance et d’autres effets indésirables (3).
  4. Les médecins vétérinaires devraient s’efforcer d’assurer un usage judicieux des antimicrobiens en optimisant l’UAM chez les animaux pour réduire le plus possible les risques de résistance aux antimicrobiens. Les pratiques doivent intégrer des stratégies qui concilient l’utilisation prudente des antimicrobiens avec les objectifs désirés en matière de santé et de bien-être des animaux. Les stratégies visant à éviter l’utilisation non nécessaire des antimicrobiens devraient inclure une collaboration entre les médecins vétérinaires et les propriétaires ou responsables d’animaux visant à élaborer des programmes complets de vaccination, de nutrition et de biosécurité, à garder les animaux dans des environnements sains et selon des pratiques de régie optimales qui permettent une gestion efficace des risques de maladie, et à encourager le recours aux solutions de rechange aux antimicrobiens lorsque c’est approprié.  
  5. L’objectif principal de l’approche « Une santé » (4) est d’améliorer la santé des animaux, des humains et de l’environnement. L’ACMV soutient fermement cette approche qui réunit les expertises de la santé animale, de la santé humaine et des sciences de l’environnement pour une collaboration sur des questions de santé critiques, y compris celles sur la façon dont l’UAM chez les animaux est liée au développement de la résistance aux antimicrobiens.
  6. Au Canada, l’ACMV et le Conseil canadien des registraires vétérinaires ont proposé des normes concernant la surveillance vétérinaire de l’UAM (« Surveillance vétérinaire de l’utilisation des antimicrobiens – Un cadre de travail pancanadien pour les normes professionnelles régissant les médecins vétérinaires », 2016) (3).
  7. Comme le stipule le cadre de travail pancanadien, « la surveillance vétérinaire constitue l’un des principaux éléments de l’antibiogouvernance. Cette démarche nécessite la participation professionnelle des médecins vétérinaires autorisés en vue de fournir des conseils ou des orientations pour une utilisation appropriée des antimicrobiens chez les animaux dans l’objectif d’assurer l’utilisation prudente et de minimiser l’émergence ou la propagation de l’antibiorésistance. La surveillance vétérinaire, c’est l’ensemble du processus ou des mécanismes en vertu duquel les médecins vétérinaires, en se basant sur leur formation, leur expérience et leurs responsabilités, fournissent des conseils ou des directives afin d’assurer une utilisation et une distribution appropriées des antimicrobiens. »
  8. En 2018, de nouvelles politiques et réglementations ont été introduites et mises en œuvre par Santé Canada (5) concernant l’utilisation des antimicrobiens importants sur le plan médical chez les animaux et l’utilisation de médicaments qui ne nécessitaient pas auparavant d’ordonnance, y compris ceux administrés dans les aliments pour animaux. Étant donné que tous les antimicrobiens importants sur le plan médical ont été déplacés vers la Liste des drogues sur ordonnance, une ordonnance vétérinaire émise dans le cadre d’une relation vétérinaire-client-patient (RVCP) valide est devenue nécessaire pour l’utilisation des antimicrobiens importants sur le plan médical chez les animaux.
  9. Lorsqu’ils rédigent une ordonnance, les médecins vétérinaires doivent respecter leurs obligations professionnelles, notamment :
    • établir et remplir les conditions d’une RVCP valide impliquant l’animal individuel ou le groupe d’animaux concerné,
    • évaluer de façon factuelle le besoin médical,
    • noter toute l’information pertinente au dossier,
    • assurer la supervision de l’utilisation de l’antimicrobien et le suivi (3).
  1. La conduite professionnelle des médecins vétérinaires qui assurent la surveillance vétérinaire de l’UAM est réglementée au Canada par les organismes de réglementation vétérinaire provinciaux et territoriaux qui établissent les normes professionnelles. Ces normes définissent les conditions qui déterminent ce qui constitue une RVCP valide ainsi que toutes les exigences provinciales ou territoriales concernant l’utilisation des antimicrobiens (que ce soit de façon conforme ou non conforme aux directives de la monographie) par les médecins vétérinaires. Les organismes de réglementation provinciaux et territoriaux ont des protocoles pour s’assurer que les médecins vétérinaires ont les compétences nécessaires et sont tenus de respecter les normes professionnelles acceptables lorsqu’ils supervisent l’utilisation des antimicrobiens.
  2. Pour favoriser l’emploi judicieux des antimicrobiens, les médecins vétérinaires devraient adopter une approche d’amélioration continue basée sur la responsabilité, la réduction, le perfectionnement, le remplacement et la réévaluation (4,6). L’utilisation judicieuse et responsable des antimicrobiens est une approche dynamique qui comprend, entre autres, un effort constant de formation continue, la vérification de l’observance des propriétaires, le respect des lignes directrices de pratique pertinentes, la prise en compte des considérations pharmacocinétiques et pharmacodynamiques affectant la posologie, l’utilisation des données de microbiologie clinique, l’adoption de bonnes pratiques de contrôle des infections, et la conformité à la réglementation nationale (7,8,9). L’ACMV encourage la formation continue vétérinaire sur l’UAM chez les animaux qui met l’accent sur les pratiques exemplaires favorisant l’emploi judicieux des antimicrobiens.
  3. Un antimicrobien vétérinaire approuvé par Santé Canada pour le traitement de l’affection diagnostiquée et pour l’espèce à traiter devrait être utilisé dans la mesure du possible, et ce, conformément aux directives de la monographie concernant la dose, la fréquence et la durée d’administration (6). Bien qu’il y ait des circonstances dans lesquelles l’utilisation de médicaments en dérogation des directives de leur monographie est essentielle en médecine vétérinaire, les antimicrobiens ne devraient pas être utilisés de manière non conforme à moins que leur efficacité, leur posologie, leur indication et les périodes de retrait (s’il y a lieu) soient appuyées par des données factuelles (10). Un outil décisionnel comme la cascade décisionnelle thérapeutique de l’ACMV est un bon modèle à suivre en ce qui concerne l’emploi des antimicrobiens en dérogation des directives de leur monographie (11).
  4. La CgFARAD est recommandée comme source appropriée pour éviter les infractions à la réglementation sur les résidus lorsque l’on envisage l’utilisation d’antimicrobiens en dérogation des directives de leur monographie. Si un antimicrobien est choisi pour un emploi non conforme, le médecin vétérinaire doit fournir au client (par écrit) les renseignements appropriés sur la dose, la voie et la fréquence d’administration, la durée du traitement et la période de retrait (s’il y a lieu) afin d’éviter les risques pour la santé humaine (12).
  5. Les médecins vétérinaires devraient connaître la « catégorisation des médicaments antimicrobiens basée sur leur importance en médecine humaine » de la Direction des médicaments vétérinaires de Santé Canada et, en tenant compte des renseignements pertinents des monographies des produits, choisir des antimicrobiens dans des catégories moins importantes si le patient peut être traité adéquatement par ces antimicrobiens (6). Cette recommandation s’applique à la fois pour l’emploi conforme et pour l’utilisation en dérogation des directives de la monographie des antimicrobiens.
  6. L’ACMV propose des lignes directrices générales et spécifiques concernant l’utilisation prudente des antimicrobiens par la profession vétérinaire ainsi que des ressources sur la prise de décisions et les solutions de rechange aux antimicrobiens (9,11).

Références

  1. Organisation mondiale de la santé animale (OIE). Antibiorésistance. Disponible au :   https://www.oie.int/fr/pour-les-medias/amr-fr/ (dernière consultation en janvier 2021).
  2. Conseil des académies canadiennes. Quand les antibiotiques échouent – Incidences socioéconomiques potentielles de la résistance aux antimicrobiens au Canada (2019). Disponible au : https://cca-reports.ca/reports/the-potential-socio-economic-impacts-of-antimicrobial-resistance-in-canada/ (dernière consultation en janvier 2021).
  3. Association canadienne des médecins vétérinaires. Surveillance vétérinaire de l’utilisation des antimicrobiens – Un cadre de travail pancanadien pour les normes professionnelles régissant les médecins vétérinaires. Disponible au : https://www.veterinairesaucanada.net/documents/un-cadre-de-travail-pancanadien (dernière consultation en janvier 2021).
  4. Organisation mondiale de la santé animale (OIE). Une seule santé. Disponible au : https://www.oie.int/fr/pour-les-medias/une-seule-sante/ (dernière consultation en janvier 2021).
  5. Gouvernement du Canada. Utilisation responsable des antimicrobiens importants sur le plan médical chez les animaux (document mis à jour en novembre 2019). Disponible au : https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/resistance-aux-antibiotiques-antimicrobiens/animaux/actes/utilisation-responsable-antimicrobiens.html (dernière consultation en janvier 2021).
  6. Santé Canada, Direction des médicaments vétérinaires. Catégorisation des médicaments antimicrobiens basée sur leur importance en médecine humaine (2009). Disponible au : https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/medicaments-produits-sante/medicaments-veterinaires/resistance-antimicrobiens/categorisation-medicaments-antimicrobiens-basee-leur-importance-medecine-humaine.html (dernière consultation en janvier 2021).
  7. Gouvernement du Canada. La résistance aux antimicrobiens et les animaux (document mis à jour en mai 2018). Disponible au : https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/resistance-aux-antibiotiques-antimicrobiens/animaux.html (dernière consultation en janvier 2021).
  8. Conseil national sur la santé et le bien-être des animaux d’élevage. L’intendance des antimicrobiens chez les animaux destinés à l’alimentation au Canada (2016). Disponible au : https://www.ahwcouncil.ca/pdfs/council-updates/NFAHW%20Council_Recommendation_AMU_AMR_2016_FR.pdf (dernière consultation en janvier 2021).
  9. Association canadienne des médecins vétérinaires. Lignes directrices de l’ACMV sur l’utilisation des antimicrobiens (2018). Disponible au : https://www.veterinairesaucanada.net/AMU-UAM (dernière consultation en janvier 2021).
  10. Association canadienne des médecins vétérinaires. Utilisation des médicaments en dérogation des directives de l’étiquette (UMDDE) – Énoncé de position (2015). Disponible au : https://www.veterinairesaucanada.net/documents/utilisation-des-medicaments-en-derogation-des-directives-de-letiquette (dernière consultation en janvier 2021).
  11. Association canadienne des médecins vétérinaires. La cascade décisionnelle thérapeutique pour la sécurité des animaux et du public. Disponible au : https://www.veterinairesaucanada.net/documents/la-cascade-decisionnelle-therapeutique (dernière consultation en janvier 2021).
  12. CgFARAD. Disponible au : https://cgfarad.usask.ca/language.php (dernière consultation en janvier 2021).

 

Énoncé de position révisé le 5 janvier 2021