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Coupe, réduction ou extraction de dents en santé chez les chiens - Énoncé de position

Le 9 mars 2017

Position

L’Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV) s’oppose vivement à la pratique de la coupe des dents chez les chiens. De plus, l’ACMV s’oppose à la réduction et à l’extraction des dents de chiens pour des raisons non médicales. 

Sommaire

  • L’ACMV s’oppose aux interventions pour couper, briser ou meuler les couronnes de dents en santé sans recourir aux techniques endodontiques vétérinaires établies et au contrôle de la douleur, vu que ces interventions sont inappropriées et cruelles.
  • Mordre est un comportement normal des chiots. Cependant, on doit éduquer les chiots afin de leur enseigner qu’il n’est pas acceptable de mordre les humains.
  • L’ACMV s’oppose à ce que les médecins vétérinaires effectuent la réduction ou l’extraction des dents en santé chez les chiots et les chiens pour des raisons non médicales comme solution proposée pour régler des comportements de morsure non souhaités.
  • Pour bien traiter et gérer le comportement de morsure inapproprié, il est nécessaire qu’il y ait une communication claire entre le propriétaire du chien et le médecin vétérinaire afin que les propriétaires puissent prendre des décisions éclairées.

Contexte 

  1. Pour les besoins du présent énoncé de position, la définition de la coupe des dents chez les chiens est la coupe, le bris ou le meulage des couronnes des dents en santé sans le recours à l’anesthésie générale, à l’analgésie (« analgésiques ») et à des interventions endodontiques vétérinaires établies. Ces interventions sont habituellement réalisées sur les canines des chiens adultes (« crocs ») et sur les dents lactéales (« de lait ») des chiots. On sait que des non-vétérinaires réalisent ces interventions afin de réduire la gravité des blessures par morsure potentielles. On qualifie parfois aussi cette intervention de « désarmement dentaire » ou de « désarmement canin ». L’ACMV s’oppose fortement à de telles pratiques, car elles sont inappropriées et cruelles.
  1. On sait que ces interventions peuvent inclure la retenue manuelle, l’utilisation d’un ouvre-gueule et le bris des quatre canines adultes ou des canines inférieures chez les chiots. Les interventions s’effectuent soit en coupant la dent avec des ciseaux de métal ou des cisailles ou en meulant les dents jusqu’à la limite gingivale.
  1. Dans de tels cas, il n’y a pas de recours à l’anesthésie ou à des agents analgésiques soit durant ou après l’intervention. Aucun suivi n’est habituellement fourni au chien après des interventions extrêmement douloureuses. La pulpe dentaire est exposée aux bactéries, ce qui présente un risque important pour les infections aiguës et chroniques, l’inflammation et la douleur (1). Chez les chiots, il existe un risque potentiel de dommages graves aux dents permanentes (2).
  1. La dentisterie vétérinaire, y compris toutes les interventions associées à l’extraction partielle ou complète de la dent d’un chien, doit être réalisée par un médecin vétérinaire autorisé. Toutes les interventions dentaires vétérinaires doivent être effectuées conformément aux normes de pratique de la médecine vétérinaire de l’organisme de réglementation pertinent, tel que le stipule l’énoncé de position de l’ACMV sur la dentisterie vétérinaire (3).
  1. Mordre est un comportement normal des chiots. Cependant, on doit éduquer les chiots afin de leur enseigner qu’il n’est pas acceptable de mordre des humains. Dès un jeune âge, on devrait enseigner aux chiots à s’adonner à d’autres formes de morsure et d’exploration buccale, comme l’utilisation appropriée de jouets à mâcher convenables (4). L’inhibition des morsures peut aider à prévenir des morsures graves si un chien vient à mordre dans des circonstances extrêmes ultérieurement au cours de sa vie. De plus, les propriétaires doivent apprendre à interpréter les comportements et le langage corporel de leurs chiens afin de faciliter le dressage et la réorientation de leur chiot ou chien vers d’autres cibles de remplacement.
  1. Un comportement de morsure agressif nécessite une enquête approfondie afin d’élaborer un traitement et/ou des options de gestion efficaces. Au minimum, les médecins vétérinaires devraient établir une anamnèse complète ainsi que réaliser un examen physique et une évaluation du tempérament pour mieux comprendre la cause du problème (5). Selon le diagnostic, il peut exister beaucoup d’options thérapeutiques et/ou stratégies de gestion qui ne nécessitent pas la réduction ou l’extraction des dents en santé.
  1. L’ACMV s’oppose aux médecins vétérinaires qui effectuent la réduction ou l’extraction des dents en santé chez les chiots ou les chiens pour des raisons non médicales comme solution proposée afin de gérer des comportements de morsures non souhaités. La réduction ou l’extraction de dents n’empêchera pas un chien de blesser un humain (6,7). Dans les cas où un chien s’adonne à un comportement de morsure inapproprié, on devrait consulter un médecin vétérinaire et/ou un comportementaliste.
  1. Dans certaines situations, le comportement de morsure inapproprié ne peut pas être modifié afin de créer un milieu sécuritaire pour les personnes, incluant le propriétaire, sa famille et le public. Dans certains cas, le déplacement du chien dans un milieu différent peut résoudre le problème. Même s’il n’est pas éthique ni approprié de suggérer que tous les chiens/chiots qui mordent un humain devraient être euthanasiés (8), on pourra juger, très rarement, qu’un chien ne peut pas être récupéré. Dans de tels cas, on devrait recommander l’euthanasie.
  1. Afin de traiter et de gérer efficacement un comportement de morsure inapproprié, il est nécessaire qu’il y ait une communication claire entre le propriétaire du chien et son médecin vétérinaire, afin que les propriétaires puissent prendre des décisions éclairées. Les propriétaires doivent bien comprendre le potentiel de succès et d’échec du traitement ainsi que la responsabilité civile (9) lorsqu’un chien mord et blesse un humain. 


Bibliographie

  1. KORTEGAARD, H.E. et al. « Consequences of crown shortening canine teeth in Greenland sled dogs », J Small Anim Pract, 2015, vol. 56, p. 264-269.
  2. HALE, S.A. « Juvenile veterinary dentistry », Vet Clin N Am Small, 2005, vol. 35, p. 789-817.
  3. Énoncé de position de l’Association canadienne des médecins vétérinaires sur la dentisterie vétérinaire. Disponible au : https://www.veterinairesaucanada.net/documents/veterinary-dentistry Dernière consultation le 2 juin 2016.
  4. HAUG, L. « Behaviour tips every practitioner should know (Proceedings) », DVM360 Magazine. Mai 2011. Disponible au : http://veterinarycalendar.dvm360.com/behavior-tips-every-practitioner-should-know-proceedings Dernière consultation le 9 juin 2016.
  5. GODBOUT, M. « Dog Aggression Assessing the Risk », Proc. 39th WSAVA World Conference Proceedings. Capetown, Afrique du Sud, du 16 au 19 septembre 2014.
  6. AMERICAN VETERINARY MEDICAL ASSOCIATION. Removal or Reduction of Teeth in Nonhuman Primates and Carnivores. Disponible au : https://www.avma.org/KB/Policies/Pages/Removal-or-Reduction-of-Teeth-in-Non-Human-Primates-and-Carnivores.aspx Dernière consultation le 9 juin 2016.
  7. HUNTHAUSEN, W. « How dangerous is that dog? », DVM360Magazine. Février 2016. Disponible au : http://veterinarynews.dvm360.com/how-dangerous-dog Dernière consultation le 9 juin 2016.
  8. AMERICAN VETERINARY DENTAL COLLEGE. Aggressive Dogs and Cats - Dental Treatment. Disponible au : http://www.avdc.org/aggressivetreatment.html Dernière consultation le 9 juin 2016.
  9. ANIMAL LAW IN CANADA. Dog bites. Disponible au : http://www.animallaw.ca/dog-bites.html Dernière consultation le 9 juin 2016.

(Révisé en novembre 2016)