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Interventions vétérinaires non urgentes et non thérapeutiques à des fins esthétiques ou compétitives – Énoncé de position

Le 24 janvier 2020

Position

L’Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV) appuie la promotion de l’apparence et de la conformation naturelles des animaux et s’oppose aux interventions vétérinaires non thérapeutiques à des fins esthétiques ou compétitives.

Sommaire

  • L’ACMV considère que la modification de l’anatomie d’un animal uniquement à des fins esthétiques ou compétitives est inutile sur le plan médical et inacceptable sur le plan éthique.
  • De telles interventions impliquent un risque de douleur inutile et un potentiel de douleur chronique ainsi que d’autres répercussions négatives sur le bien-être des animaux.
  • L’ACMV encourage les éleveurs à sélectionner les reproducteurs de façon à promouvoir la santé et le bien-être et à éliminer les caractéristiques qui affectent négativement la capacité de l’animal à exécuter des fonctions naturelles, ce qui éliminera le besoin d’intervention chirurgicale.
  • L’ACMV encourage fortement les associations vétérinaires et les associations de races à prendre des mesures afin de rendre les interventions vétérinaires non thérapeutiques à des fins esthétiques ou compétitives indésirables ou non disponibles.

Contexte

1. Les médecins vétérinaires ont à cœur de promouvoir la santé et le bien-être des animaux et de soulager les souffrances des animaux conformément aux principes déontologiques de la médecine vétérinaire (1). À cette fin, même lorsque les données scientifiques ne sont pas convaincantes, on devrait respecter les principes de précaution, car il est préférable, compte tenu des faits disponibles, de présumer qu’une intervention cause de la douleur plutôt que d’exposer les animaux à un risque de souffrance. Les médecins vétérinaires doivent considérer les avantages, s’il y en a, des interventions non thérapeutiques pour leurs patients. Les interventions chirurgicales ne devraient être réalisées que si elles sont bénéfiques pour les animaux, car ces interventions peuvent comporter un risque de douleur, d’hémorragie, d’infection, de neuropathie et d’autres complications. L’ACMV reconnaît que le traitement médical approprié puisse nécessiter une chirurgie afin de prendre en charge la santé et le bien-être des animaux.

2. Au Canada, les autorités provinciales de réglementation de la médecine vétérinaire octroient les permis d’exercice aux médecins vétérinaires et réglementent donc l’exercice de la chirurgie vétérinaire, y compris les pratiques acceptables. L’ACMV est d’avis que les interventions chirurgicales vétérinaires doivent être réalisées par un médecin vétérinaire autorisé qui a recours à des méthodes appropriées pour l’anesthésie, l’analgésie et l’asepsie (2).

3. L’intervention vétérinaire à des fins esthétiques se définit comme toute intervention vétérinaire non thérapeutique réalisée pour modifier l’apparence d’un animal. Cette intervention est effectuée à la demande ou au bénéfice du propriétaire. L’ACMV adopte la position que l’intervention vétérinaire à des fins esthétiques n’est pas nécessaire et met en péril la santé et le bien-être des animaux (3-8). Les chirurgies esthétiques n’offrent pas de bienfaits pour les animaux (9-12). Les interventions qui sont médicalement justifiées ne sont pas considérées comme étant esthétiques.

  1. Exemples d’interventions chirurgicales à des fins esthétiques :
    1. amputation de la queue chez les chiens et les chevaux ;
    2. incision et bloc de la queue chez les chevaux ;
    3. coupe d’oreilles chez les chiens ;
    4. liposuccion à des fins esthétiques (ne concerne pas l’enlèvement de lipomes).
  2. Exemples d’interventions non chirurgicales à des fins esthétiques :
    1. dentisterie esthétique ;
    2. tatouage autre que pour l’enregistrement et l’identification ;
    3. perçage corporel ;
    4. injection dans la queue chez les chevaux de performance.

4. Il existe des preuves qui suggèrent que les interventions esthétiques causent de la douleur aiguë et chronique (3, 4, 11, 12). De plus, il existe des preuves que beaucoup d’interventions réalisées à des fins esthétiques peuvent affecter le comportement de l’animal et sa capacité à communiquer efficacement. Par exemple, l’amputation de la queue et la coupe des oreilles compromettent la capacité des chiens à communiquer l’excitation, la crainte et l’agressivité efficacement avec d’autres animaux et les humains par différents positionnements et mouvements de la queue et des oreilles (4-6). Les associations vétérinaires et les associations de races devraient sensibiliser le public au fait que les interventions réalisées à des fins esthétiques peuvent causer de la douleur inutile, et comportent un risque de douleur chronique, et peuvent avoir des répercussions négatives sur le bien-être des animaux qui subissent ces interventions.

5. L’ACMV encourage vivement les éleveurs et les associations de races à promouvoir des caractéristiques et des normes qui favorisent la santé et le bien-être des animaux. Les éleveurs responsables choisiront leurs reproducteurs soigneusement et s’efforceront de produire des traits naturels pour la race afin d’assurer une constitution saine et la santé mentale et physique des petits (13). Les interventions réalisées à des fins esthétiques modifient l’apparence de l’animal et non sa génétique, et ne sont donc pas transmises à la progéniture. Ainsi, elles pourraient induire en erreur le public, les acheteurs et d’autres éleveurs qui ne savent peut-être pas que l’apparence de l’animal a été modifiée par chirurgie (7,14).

6. Plusieurs pays (p. ex., la plupart des pays d’Europe, le Royaume-Uni, l’Australie et la Nouvelle-Zélande) et provinces canadiennes s’orientent de plus en plus vers l’interdiction des interventions chirurgicales non thérapeutiques visant à modifier l’apparence des animaux, particulièrement la coupe des oreilles chez les chiens ainsi que l’amputation de la queue chez les chiens et les chevaux (15,16). En juillet 2019, les règlements et les codes de pratiques des associations provinciales de médecins vétérinaires interdisaient aux médecins vétérinaires de neuf provinces de réaliser diverses chirurgies esthétiques (Terre-Neuve-et-Labrador, Île-du-Prince-Édouard, Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick, Manitoba, Saskatchewan, Québec, Colombie-Britannique et Alberta). De plus, la chirurgie esthétique est illégale en vertu de la loi provinciale Animal Health and Protection Act à Terre-Neuve-et-Labrador. Par ailleurs, les associations de races de nombreux pays permettent aux chiens, en particulier, de concourir et de participer à des expositions dans leur état naturel (15,17).

Bibliographie

  1. ASSOCIATION CANADIENNE DES MÉDECINS VÉTÉRINAIRES. Serment vétérinaire, 2018. Disponible au : http://www.veterinairesaucanada.net/about-veterinary-medicine/oath.aspx  (dernière consultation le 5 juillet 2018).
  2. ASSOCIATION CANADIENNE DES MÉDECINS VÉTÉRINAIRES. Énoncé de position sur les interventions chirurgicales vétérinaires. Juillet 2014. Disponible au : https://www.veterinairesaucanada.net/documents/interventions-chirurgicales-veterinaires  (dernière consultation le 5 juillet 2018).
  3. GROSS, T.L. et S.H. CARR. « Amputation neuroma of docked tails in dogs », Vet Pathol, 1990, vol. 27, p. 61-62. Disponible au : https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/030098589002700110 (dernière consultation le  5 juillet 2018).
  4. NOONAN, G.J., S. RAND, J.K. BLACKSHAW et J. PRIEST. « Behavioural observations of puppies undergoing tail docking », Appl Anim Behav Sci, 1996, vol. 49, p. 335-342. Disponible au : https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/0168159196010623 (dernière consultation le 5 juillet 2018).
  5. LEAVER, S.D.A. et T.E. REIMCHEN. « Behavioural Responses of Canis familiaris to different tail lengths by a remotely–controlled life-size dog replica », Behaviour, 2007, vol. 145, p. 377-390. Disponible au : https://pdfs.semanticscholar.org/3ec3/f58d5880d31b54a2257e7526653430d109b6.pdf (dernière consultation le 5 juillet 2018).
  6. MELLOR, D.J. « Tail Docking of Canine Puppies: Reassessment of the Tail’s Role in Communication, the Acute Pain Caused by Docking and Interpretation of Behavioural Responses », Animals, 2018, vol. 8, p. 82. Disponible au : https://www.mdpi.com/2076-2615/8/6/82 (dernière consultation le 5 juillet 2018).
  7. ARABIAN HORSE REGISTRY OF AMERICA. Position statement on Cosmetic Alteration of Arabian Horses. Le 2 mars 1998. Disponible au : https://thehorse.com/16282/cosmetic-alteration-of-arabian-horses/ (dernière consultation le 5 juillet 2018).
  8. HEPWORTH-WARREN, K. « Tail alterations: An Unnecessary and Dangerous Procedure », Purdue Veterinary Medicine Equine Health Update, 2015, p. 17. Disponible au : https://vet.purdue.edu/esmc/files/documents/EHU%202015%20spring.pdf (dernière consultation le 5 juillet 2018).
  9. LEFEBVRE, D., D. LIPS, F.O. ÖDBERG et J.M. GIFFROY. « Tail Docking in horses: a review of the issues », Animal, 2007, vol. 8, p. 1167-1178. Disponible au : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22444861 (dernière consultation le 5 juillet 2018).
  10. DIESEL, G., D. PFEIFFER, S. CRIPSIN et D. BRODBELT. « Risk factors for tail injuries in dogs in Great Britain », Vet Rec, 2010, vol. 166, p. 812-817. Disponible au : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20581358 (dernière consultation le 5 juillet 2018).
  11. BENNETT, P.C. et E. PERINI. « Tail docking in dogs: a review of the issues », Aus Vet J, 2003, vol. 81, p. 208-218. Disponible au : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/15080444 (dernière consultation le 5 juillet 2018).
  12. WANSBROUGH, R.K. «Cosmetic tail docking of dogs », Aus Vet J, 1996, vol. 74, p. 59-63. Disponible au : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/8894008 (dernière consultation le 5juillet 2018).
  13. Code de pratiques de l’ACMV à l’intention des chenils du Canada. 2018. Disponible au : https://www.veterinairesaucanada.net/documents/Code-of-Practice-for-Canadian-Kennel-Operations (dernière consultation le 5 juillet 2018).
  14. MILLS, K.E., J. ROBBINS et M.A.G. VONKEYSERLINGK. « Tail Docking and Ear Cropping Dogs: Public Awareness and Perceptions », PLoSONE, 2016, vol. 11, no 6. Disponible au : https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0158131 (dernière consultation le 5 juillet 2018).
  15. CROOK, A. « Cosmetic Surgery in North America and Latin America », Proceedings of World Small Animal Veterinary Association, 2001, p. 54-55. Disponible au : https://www.vin.com/apputil/content/defaultadv1.aspx?id=3843659&pid=8708& (dernière consultation le 5 juillet 2018).
  16. LEFEBVRE, D., D. LIPPS et J.M. GIFFROY. « The European Convention for the Protection of Pet Animals and tail docking in dogs », Rev Sci Tech, 2007, vol. 26, p. 619-628. Disponible au : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18293610 (dernière consultation le 5 juillet 2018).
  17. The Kennel Club Statement on Tail Docking. Mai 2018. Disponible au : https://www.thekennelclub.org.uk/our-resources/media-centre/issue-statements/tail-docking/ (dernière consultation le 5 juillet 2018).

(Révisé en octobre 2019)