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Chats en liberté appartenant à des propriétaires, abandonnés ou féraux – Énoncé de position

Le 29 avril 2020

Position

L’Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV) appuie des initiatives factuelles, efficaces et non cruelles pour réduire la taille des populations et les impacts des chats en liberté appartenant à des propriétaires, abandonnés ou féraux afin de promouvoir la santé et le bien-être des animaux, la santé publique ainsi que la santé écologique et environnementale.

Sommaire

  • L’ACMV appuie l’approche « Une seule santé » à l’égard des chats en liberté qui comprend la reconnaissance des impacts écologiques et environnementaux ainsi que des risques pour la santé publique associés aux chats en liberté appartenant à des propriétaires, abandonnés ou féraux.
  • L’ACMV reconnaît que l’adoption d’une approche « Une seule santé » nécessite une collaboration interdisciplinaire avec des experts non vétérinaires dans les domaines de l’écologie, de la santé publique et de la médecine humaine afin d’assurer l’adoption d’approches de gestion rigoureuses sur le plan scientifique.
  • L’ACMV recommande que les médecins vétérinaires découragent le vagabondage non supervisé des chats appartenant à des propriétaires en raison des risques pour la santé et le bien-être de ces chats, de leur contribution potentielle aux populations de chats errants et féraux, des impacts sur les populations fauniques et de l’augmentation du risque pour la santé publique en matière de zoonoses.
  • L’ACMV appuie des stratégies de gestion factuelles des populations de chats féraux qui permettent de réduire efficacement les populations selon des échéanciers appropriés. Les colonies de chats féraux gérées ne devraient pas se situer près de zones fauniques ni d’endroits où elles pourraient poser des risques pour la santé publique. L’ACMV préfère et encourage les solutions non létales, mais elle appuie l’euthanasie par du personnel qualifié, ayant suivi une formation et démontré sa compétence dans l’utilisation de méthodes d’euthanasie approuvées par les médecins vétérinaires, lorsque les options non létales sont inefficaces pour l’attrition de la population ou sont légitimement inapplicables.
  • L’ACMV encourage la recherche pour accroître et renforcer nos connaissances factuelles sur les moyens les plus efficaces de réduire et de potentiellement éliminer la population de chats féraux.

Contexte

  1. Les chats en liberté peuvent être classés sur un continuum s’étendant des chats socialisés appartenant à des propriétaires ou ayant été abandonnés à des chats féraux non socialisés. Au Canada, on estime qu’il y a entre 5,4 et 9,6 millions de chats en liberté, et qu’entre 1,5 et 4,1 millions de ces chats sont féraux ou n’ont pas de propriétaires (1).
  2. La communauté vétérinaire est également préoccupée par le bien-être des chats en liberté et de la faune. Les chats sont une espèce domestique que la société a introduite dans l'écosystème, et bien que leur bien-être soit important pour beaucoup de gens, les médecins vétérinaires doivent tenir compte des risques pour la santé publique et de l’effet qu’ont ces chats sur l’écosystème, le bien-être et la conservation des animaux de la faune tout en veillant au maintien de normes acceptables concernant le bien-être des chats.
  3. Au Canada, on estime que les chats en liberté tuent de 100 à 350 millions d’oiseaux par année et de 1,3 à 4 milliards d’oiseaux aux États-Unis (É.-U.) (1-3). À titre comparatif, les collisions avec les bâtiments tuent environ de 16 à 42 millions d’oiseaux au Canada (4) et de 365 à 988 millions d’oiseaux aux États-Unis (5). Le nombre de mammifères sauvages tués par des chats au Canada n’a pas été comptabilisé, mais aux États-Unis, les estimations se chiffrent entre 6,3 et 22,3 milliards de mammifères (2). En Amérique du Nord, les taux de mortalité estimés pour les reptiles et les amphibiens attribuables aux chats sont inconnus, mais ils pourraient être importants si l’on se fie aux estimations australiennes indiquant qu’entre 270 millions et 1 milliard de reptiles seraient tués chaque année par les chats féraux (6).
  4. En plus d’agir comme des prédateurs non indigènes, les chats domestiques ont un impact néfaste sur les populations d’animaux sauvages par la compétition, l’hybridation et la transmission de maladies (7). Les plus grands risques pour la biodiversité sont la perte d’habitats et les changements climatiques, mais les causes de mortalité supplémentaires, comme la prédation par les chats, peuvent avoir des impacts cumulatifs importants sur les populations sauvages. Contrairement aux autres causes de mortalité de la faune associées aux humains, l’impact des chats en liberté s’inscrit dans la portée de l’influence et de la responsabilité des médecins vétérinaires.
  5. Les chats en liberté appartenant à des propriétaires, abandonnés ou féraux servent de réservoir pour les zoonoses comme la rage, l’infection par Yersinia pestis, la bartonellose, la toxocarose et la toxoplasmose (8,9). Ces zoonoses représentent d’importants fardeaux pour la santé et l’économie (10-12). La limitation de l’exposition non nécessaire et de la contamination de l’environnement par des parasites zoonotiques devrait constituer une priorité de santé publique (9,10).
  6. Les résultats d’un sondage récent ont révélé que près de 80 % des médecins vétérinaires sont en faveur de garder les chats à l’intérieur pour des raisons de santé (13). Les chats qui vont à l’extérieur ont des taux de mortalité et de morbidité supérieurs en raison de traumatismes et de maladies infectieuses et ils présentent des charges parasitaires plus élevées; ils sont plus souvent abandonnés dans les refuges et leurs propriétaires investissent moins d’argent pour leurs soins (14-17). Il existe de nombreuses solutions, telles que les enclos sur le balcon ou dans la cour ou l’entraînement aux promenades avec laisse et harnais, qui permettent aux chats d’aller à l’extérieur sans subir de risque accru pour leur santé et qui réduisent l’impact des chats sur l’environnement. Le bien-être des chats féraux est considérablement moindre (15) et, par conséquent, les programmes efficaces qui réduisent le nombre de chats vivant dans des colonies non supervisées représentent une contribution importante au bien-être des chats.
  7. Les populations de chats féraux se composent habituellement de colonies multiples peu organisées. Les chats peuvent se déplacer de manière opportuniste entre les colonies selon la densité et l’approvisionnement en nourriture (18). Par conséquent, le retrait de chats individuels entraîne souvent une redistribution des chats entre les colonies (phénomène d’immigration compensatoire), mais les retraits réussissent tout de même à réduire la taille de la population (19). Des plans de gestion efficaces devraient viser à réduire le nombre total de chats féraux vivant à l’extérieur, dans toutes les colonies, et pas seulement dans une colonie en particulier.
  8. Beaucoup de gens ont des sentiments négatifs envers le retrait de ces chats de l'environnement par la capture et l’euthanasie, et d’autres estiment que leur libération constitue un abandon et une négligence. C’est ce qui a mené à l’élaboration de nombreux programmes pour retirer les chats de l’environnement par des méthodes non létales.
  9. Mis en œuvre de la façon habituelle, les programmes de capture-stérilisation-remise en liberté seuls ne sont pas efficaces pour réduire la taille de la population selon des échéanciers raisonnables (p. ex., moins de 10 ans) (19-24), et des stratégies de retrait comme les adoptions en grand volume, la relocalisation et l’euthanasie sont plus efficaces (21,23-25). Les projets de capture-stérilisation-remise en liberté à grande échelle qui ont entraîné des diminutions de populations réussies ont aussi simultanément retiré environ la moitié des individus (26,27). Des programmes de capture-stérilisation-remise en liberté efficaces doivent cibler de petites populations isolées, maintenir des taux de stérilisation élevés (> 75 %) (21,24), mettre en œuvre une surveillance appropriée de la population, et procéder à une gestion adaptative (27). Les initiatives devraient viser à combiner des approches de gestion efficaces des chats et la protection des habitats afin d’améliorer les résultats de conservation (28).
  10. Les programmes de gestion des chats féraux sont compliqués par l’afflux de chats abandonnés, de chats errants ou de chatons de portées non voulues (21,27,30). Il est donc impératif d’établir des programmes à multiples facettes qui incluent une gestion efficace de la population, la protection des habitats, l’éducation du public, une réglementation visant à prévenir le vagabondage des chats et des services de stérilisation accessibles.

Bibliographie

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(Révisé en octobre 2019)