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Dépopulation de masse d’animaux domestiqués de manière non cruelle – Énoncé de position

Le 1 juin 2021

Position

L’Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV) estime que, lorsqu’une dépopulation de masse d’animaux domestiqués est entreprise, les méthodes utilisées doivent être les moins cruelles possibles. La dépopulation de masse ne doit être effectuée que par du personnel formé et supervisé par des personnes compétentes en matière de dépopulation et de bien-être animal. Les méthodes de contention et de mise à mort doivent être adaptées aux circonstances spécifiques de la situation ainsi qu’à l’espèce, à la taille et à l’âge des animaux. L’ACMV reconnaît que les activités de dépopulation de masse présentent un risque d’impact sur la santé mentale des personnes y participant et recommande fortement que des ressources soient disponibles pour soutenir ces personnes.

 

Résumé

  • Les méthodes de dépopulation de masse sont employées lorsqu’un grand nombre d’animaux domestiqués doivent être tués pour des raisons autres que l’abattage.
  • Dans tous les cas, les méthodes de dépopulation de masse doivent être les moins cruelles possibles. Dans les situations d’urgence, la prévention de la détérioration du bien-être animal peut nécessiter l’utilisation de méthodes de mise à mort qui ne seraient pas choisies lors des dépopulations planifiées.
    • Une dépopulation non planifiée (d’urgence) peut être nécessaire lors d’éclosions de maladies animales, d’accidents de véhicules ou d’événements entraînant un manque d’espace pour loger les animaux, tels que la perte imprévue de marchés, la perte des capacités d’abattage ou l’incapacité de transporter les animaux en raison de problèmes d’infrastructures ou des conditions météorologiques.
    • Une dépopulation planifiée peut avoir lieu lorsque les animaux atteignent la fin d’un cycle de production et que les capacités d’abattage ne sont pas disponibles, ou lorsque la dépopulation à la ferme est moins cruelle que le transport et l’abattage.
  • Tout le personnel participant à la dépopulation de masse doit être formé et supervisé par des personnes compétentes en matière de dépopulation et de bien-être animal. Les médecins vétérinaires sont bien placés pour faire preuve de leadership dans ces situations.
  • Les procédures opérationnelles doivent être adaptées aux circonstances particulières et inclure une préparation minutieuse, comprenant la logistique durant l’événement et le suivi après l’événement.
  • Les procédures de dépopulation de masse peuvent avoir des impacts profonds et cumulatifs sur la santé mentale de certaines personnes. L’accès à des stratégies et à des ressources de soutien est très important pour tous ceux qui pourraient en avoir besoin.

Contexte

  1. La dépopulation de masse est la mise à mort rapide et efficace d’une population d’animaux domestiqués pour des raisons autres que l’abattage. Elle est utilisée dans des situations où un grand nombre d’animaux doivent être tués, en compromettant le moins possible le bien-être animal. Les protocoles de dépopulation de masse doivent être élaborés en consultation avec un médecin vétérinaire et doivent assurer une perte de conscience efficace et irréversible, causant le moins de stress, de peur ou de douleur possible, et ensuite la mort.
  2. Une dépopulation de masse peut être nécessaire dans certaines situations. L’ACMV estime qu’elle ne doit jamais être utilisée comme un substitut à de saines pratiques de gestion lorsqu’elle peut être évitée, et qu’un plan de gestion doit être en place à cette fin. Les situations possibles comprennent :
    1. la fin d’un cycle de production lorsque l’abattage n’est pas disponible ou lorsque la mise à mort à la ferme est une option moins cruelle (p. ex., poules pondeuses);
    2. la fin d’une étude de recherche;
    3. la maîtrise des populations d’animaux errants ou sauvages lorsque l’euthanasie individuelle n’est pas réalisable.
  3. La dépopulation de masse d’urgence peut être nécessaire dans certaines situations, et un plan de gestion de crise devrait avoir été élaboré pour ces situations. Des exemples de telles situations sont notamment :
    1. la réaction en cas de catastrophe;
    2. la lutte contre des maladies;
    3. les événements qui entraînent une incapacité à loger correctement les animaux, comme une perte de marché, une interruption de la chaîne d’approvisionnement ou une perte des capacités d’abattage;
    4. d’autres types d’urgences où la dépopulation est nécessaire pour des raisons de bien-être animal.
  4. Le bien-être animal doit rester une priorité majeure dans tous les cas où une dépopulation de masse doit être effectuée. La méthode choisie doit permettre la dépopulation de masse de la manière la moins cruelle possible, compte tenu des circonstances. Les dépopulations planifiées doivent avoir lieu avec un grand souci du bien-être des animaux, en raison de la capacité de se préparer à l’avance. Lors des dépopulations d’urgence, la logistique peut dicter qu’une méthode non optimale soit utilisée, mais cette dernière doit tout de même assurer le niveau de bien-être animal le plus élevé possible. Le bien-être des animaux doit être évalué et surveillé par du personnel vétérinaire ayant reçu une formation sur le bien-être animal. Les facteurs logistiques influençant les procédures opérationnelles comprennent :
    1. la sécurité pour les humains;
    2. les ressources disponibles;
    3. les contraintes de temps;
    4. l’espèce animale;
    5. la taille des animaux ou du troupeau;
    6. l’âge des animaux;
    7. le type de logement ou les conditions de vie;
    8. le lieu;
    9. les conditions environnementales;
    10. l’équipement de protection individuelle;
    11. les questions relatives à la biosécurité;
    12. la réglementation en vigueur.
  5. Les procédures opérationnelles pour la dépopulation de masse doivent être adaptées aux circonstances et tenir compte des points ci-dessous.
    1. Tous les animaux doivent être traités de façon à préserver leur bien-être jusqu’à ce qu’ils soient tués.
    2. Les méthodes de mise à mort sans cruauté employées doivent être les plus appropriées pour réduire le stress, la peur et la douleur jusqu’à ce qu’une perte de conscience irréversible se produise.
    3. Si elle est utilisée, la contention des animaux doit être suffisante pour permettre une mise à mort non cruelle efficace et répondre aux exigences relatives à la sécurité des opérateurs. Lorsqu’une contention est requise, la mise à mort non cruelle doit suivre sans tarder (1).
  6. Les procédures de dépopulation de masse sont assujetties aux exigences de la réglementation applicable, y compris les règlements sur la santé et la sécurité au travail ainsi que les lois et règlements fédéraux, provinciaux et municipaux.
  7. Les procédures de dépopulation de masse peuvent avoir un impact profond et cumulatif sur la santé mentale de certaines personnes. Il est fortement recommandé de conscientiser et d’informer des risques de traumatisme émotionnel toute personne appelée à participer à une dépopulation de masse (4,5). Ces risques peuvent être réduits par des plans d’action qui prévoient une planification adéquate avant l’événement, la sélection et la préparation adéquates des participants, de la vigilance durant l’événement et un suivi approprié après l’événement. Les autorités compétentes devraient intégrer des mécanismes afin d’identifier et de gérer les impacts du stress traumatique, et les individus sont encouragés à rechercher des soins de suivi si nécessaire. L’éducation et la communication avec les observateurs extérieurs et les gens du public sont également importantes pour fournir un contexte et des explications concernant les difficultés, les exigences et les considérations relatives au bien-être animal qui entourent les dépopulations de masse (3,6-8).
  8. Tout le personnel participant à la dépopulation de masse doit être formé et supervisé par des personnes compétentes en matière de dépopulation sans cruauté. Tous les aspects d’une dépopulation de masse non cruelle exigent une formation, une pratique et une expertise considérables. Les médecins vétérinaires ayant des connaissances et une formation en bien-être animal, en physiologie animale et en logistique de production sont bien placés pour assurer le leadership dans ces situations. L’ACMV recommande l’élaboration et le maintien d’un répertoire central où conserver l’information concernant les méthodes, les sources d’expertise et les données sur les réussites et les difficultés en lien avec la dépopulation de masse.
  9. La dépopulation de masse à des fins de lutte contre des maladies peut nécessiter le recours à une dépopulation ciblée des animaux infectés dans les lieux infectés ainsi que, dans certains cas, des animaux épidémiologiquement liés aux animaux infectés (2,3).
  10. Dans les situations d’urgence, la prévention de la détérioration du bien-être animal peut nécessiter l’utilisation de méthodes de mise à mort qui ne seraient pas choisies lors des dépopulations planifiées. Une préparation à l’avance pour les situations d’urgence pouvant possiblement survenir permettra une dépopulation efficace et sans cruauté. Les producteurs ne devraient utiliser que les méthodes de dépopulation recommandées par les autorités réglementaires provinciales ou nationales, le cas échéant.

Références 

  1. Organisation mondiale de la santé animale (OIE). Mise à mort d’animaux à des fins de contrôle sanitaire. Code sanitaire pour les animaux terrestres. Disponible au : https://www.oie.int/fr/normes/code-terrestre/acces-en-ligne/?htmfile=chapitre_aw_killing.htm (dernière consultation en février 2021).
  2. Mercer I. Crisis and Opportunity: Devon Foot and Mouth Inquiry: 2001. Devon Books 2002, Halsgrove House, Lower Moor Way, Tiverton, Devon, EX16 6SS.
  3. UK Cabinet Office. Farming and food: a sustainable future: report of the Policy Commission on the Future of Farming and Food (2002). Disponible au : https://dera.ioe.ac.uk//10178/ (dernière consultation en février 2021).
  4. Meuwissen MP, Horst SH, Huirne R, Dijkhuizen AA. A model to estimate the financial consequences of classical swine fever outbreaks: principles and outcomes. Prev Vet Med 1999:42(3):249-270. Disponible au : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4376735/ (dernière consultation en février 2021).
  5. Whiting TL, Marion CR. Perpetration-induced traumatic stress – A risk for veterinarians involved in destruction of healthy animals. Can Vet J 2011;52(7):794-796. Disponible au : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3119248/ (dernière consultation en février 2021).
  6. UK National Audit Office. The 2001 Outbreak of Foot and Mouth Disease – Report  Report By The Comptroller And Auditor General, HC 939 Session 2001-2002. The Stationary Office. Disponible au : https://www.nao.org.uk/wp-content/uploads/2002/06/0102939.pdf (dernière consultation en février 2021).
  7. Appelt M, Sperry J. Stunning and killing cattle humanely and reliably in emergency situations – A comparison between a stunning-only and a stunning and pithing protocol. Can Vet J 2007;48:529-534. Disponible au : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1852607/ (dernière consultation en février 2021).
  8. AVMA. Guidelines for the depopulation of animals (2019). Disponible au : https://www.avma.org/sites/default/files/resources/AVMA-Guidelines-for-the-Depopulation-of-Animals.pdf (dernière consultation en février 2021).

Lectures additionnelles

  1. American Veterinary Medical Association (AVMA). Guidelines for the Euthanasia of Animals: 2020 Edition. Disponible au : https://www.avma.org/sites/default/files/2020-02/Guidelines-on-Euthanasia-2020.pdf (dernière consultation en février 2021).
  2. Hibi J, Kurosawa A, Watanabe T, Kadowaki H, Watari M, Makita K. Post-traumatic stress disorder in participants of foot-and-mouth disease epidemic control in Miyazaki, Japan, in 2010. J Vet Med Sci 2015;77(8):953-959. Disponible au : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4565818/ (dernière consultation en février 2021).
  3. Thornber PM, Rubira RJ, Styles DK. Humane killing of animals for disease control purposes. Rev Sci Tech 2014;33(1):303-310. Disponible au : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25000803/ (dernière consultation en février 2021).
  4. Berg C. The need for monitoring farm animal welfare during mass killing for disease eradication purposes. Anim Welfare 2012;21:357-361.
  5. McKeegan D. Mass depopulation. Mench JA, éd. Advances in Poultry Welfare. Woodhead Publishing, 2017, pages 351-372.
  6. Crispin SM, Roger PA, O’Hare H, Binns SH. The 2001 foot and mouth disease epidemic in the United Kingdom: Animal welfare perspectives. Revue scientifique et technique de l’Office international des épizooties 2002;21(3):877-883.
  7. EFSA Panel on Animal Health and Welfare (AHAW) – Saxmose Nielson S. Alvares J, Bicout DJ, Calistri P, Depner K, Drewe JA, Garin-Bastui B, Gonzales Rojas JL, Gortazar Schmidt C, Michel V. Welfare of pigs during killing for purposes other than slaughter. EFSA Journal 2020;18(7):e06195.

 

Énoncé de position révisé en février 2021