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Les zoonoses – des agents infectieux partagés par les humains et les animaux

Le 20 juillet 2016

Maladies animales transmissibles aux humains

Les humains peuvent partager certaines maladies avec leurs animaux. Avez-vous déjà entendu parler de la teigne, de la toxoplasmose ou de l’ascaris du chien? Ce sont toutes des « zoonoses », c’est-à-dire des maladies qui peuvent être transmises entre humains et animaux.


La rage

La rage est la zoonose d’origine virale la plus connue au Canada, et la plus mortelle. La rage infecte les mammifères à sang chaud en pénétrant par les morsures ou elle est transmise par le contact avec la salive ou des plaies. Les espèces fauniques qui sont les plus fréquemment infectées sont les moufettes, les ratons laveurs et les chauves-souris. Les chats et les chiens féraux (qui errent en liberté) non vaccinés suscitent des préoccupations dans les régions éloignées du Canada. La vaccination est très efficace contre la rage et elle est obligatoire pour beaucoup d’animaux dans de nombreuses régions.

Gardez votre animal de compagnie en laisse à l’extérieur afin de contribuer à prévenir le contact avec des animaux errants potentiellement infectés. Un animal infecté peut être atteint de la forme « furieuse » traditionnelle de la rage, c’est-à-dire qu’il est agressif, mais il peut aussi être inhabituellement amical et apathique (la rage dite « muette ») ou même être un animal de compagnie qui présente une blessure à la langue.


L’entérite bactérienne : Salmonella, E. Coli et Campylobacter

Ces bactéries causent des maladies qui peuvent provoquer des maladies humaines et animales graves et elles sont excrétées dans les fèces. Les animaux de compagnie et le bétail peuvent excréter certains de ces agents dans leurs fèces ou la diarrhée lors d’une maladie clinique, ou, dans certains cas, les porteurs non affectés peuvent excréter ces organismes dans des fèces qui semblent normales. Les bactéries peuvent contaminer l’environnement et être transmises indirectement par des aliments, de l’eau ou sol qui ont été contaminés, ou directement, lors d’une ingestion orale accidentelle de fèces contaminées. Ces bactéries peuvent causer une maladie grave et même être mortelles dans certains cas.

  • La salmonellose est une maladie d’origine alimentaire (intoxication alimentaire). Le contact avec la diarrhée des animaux de compagnie ou le contact général avec des reptiles ou des amphibiens de compagnie peut aussi servir de source d’infection chez les humains. Les bactéries survivent pendant de longues périodes dans l’environnement et on peut les trouver dans des sources d’approvisionnement en eau.
  • La campylobactériose est la zoonose sérieuse la plus courante et elle cause très souvent des maladies d’origine alimentaire. De la volaille de basse-cour et des produits de volaille contaminés représentent les sources les plus communes. Les chiots et les chatons peuvent excréter un nombre important de bactéries dans la diarrhée, ce qui présente un risque possible d’exposition des humains, quoique cela se produise rarement. Les bactéries peuvent causer une diarrhée grave ainsi que de la fièvre et des douleurs abdominales chez les humains. 

La colibacillose

La colibacillose est une autre maladie qui peut se trouver dans les aliments (produits laitiers non pasteurisés ou viandes mal cuites) ou que l’on peut contracter par la contamination dans l’environnement (contamination d’une source d’eau, fèces du bétail). La maladie est causée par des sources nocives d’Escherichia coli (E. coli). 


La teigne

La teigne est une maladie de la peau qui affecte souvent les chats. Cette affection est causée par des champignons qui peuvent être transmis aux humains. Les personnes atteintes de la teigne ont des plaques cutanées rouges et squameuses qui causent parfois des démangeaisons et peuvent ressembler à un anneau. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un problème grave chez les chats (beaucoup d’animaux ne manifestent aucun symptôme), la teigne doit être soignée. Il peut être très difficile d’éradiquer la teigne dans une chatterie ou une maison, car les chats peuvent être des porteurs asymptomatiques (qui ne présentent pas de symptômes). La spore fongique peut aussi se loger dans les conduits d’aération, les tapis et les meubles et elle est très résistante (elle survit pendant des années). Beaucoup de chats présentent, comme seul symptôme, des pellicules et des plaques de poils parsemés ou sans poil et ils sont souvent asymptomatiques.


La toxoplasmose

La toxoplasmose est une maladie causée par le minuscule parasite Toxoplasma gondii. L’exposition peut se produire au contact avec des aliments ou de l’eau ou en raison d’une contamination générale de l’environnement par des excréments contenant des précurseurs de parasites. L’exposition se produit lorsque la matière contaminée est accidentellement ingérée par la bouche.

La toxoplasmose est inquiétante pour les femmes enceintes, car elle peut causer de graves déficiences congénitales ou l’avortement spontané. La plupart des gens contractent la maladie en manipulant de la viande crue. Le travail de la terre de jardin contaminée par des fèces de chat ou la consommation de la viande mal cuite représentent d’autres sources importantes de contamination. 

Le contact avec les fèces de chats infectés est rarement à l’origine de l’infection, mais, comme mesure de précaution, les femmes enceintes ne devraient pas nettoyer les litières de chat pendant une grossesse. Le port de gants lors du jardinage, de la préparation de la viande crue ou du nettoyage des litières est une mesure de précaution importante qui peut aider à réduire le risque d’exposition. Les chats excrètent habituellement les organismes pendant une courte période (quelques semaines) après l’infection initiale et ils excréteront de nouveau rarement pendant le restant de leur vie. L’exposition des chats aux organismes de la toxoplasmose se produit le plus souvent chez les jeunes chats qui chassent à l’extérieur. La toxoplasmose dans les fèces fraîches ne peut pas infecter les humains, car les organismes doivent vivre dans l’environnement pendant plusieurs jours pour présenter un risque et l’entretien régulier et assidu de la litière est donc important.


Les ascaris

Les ascaris (Toxascaris, Toxacara), communément appelés vers ronds, sont des parasites très communs chez les chiots et les chatons qui ressemblent à du spaghetti à l’examen visuel. La plupart des chiots et des chatons en sont porteurs et tous les jeunes animaux devraient donc recevoir des traitements de vermifugation répétés conformément à la recommandation de votre vétérinaire. Les personnes qui consomment des œufs de vers ronds par inadvertance peuvent devenir infectées. Une fois dans l’intestin, les œufs éclosent et se développent. Les larves (vers immatures) produites par ces œufs s’immiscent parfois dans la paroi intestinale et se déplacent dans l’organisme. La migration des larves dans l’abdomen cause une maladie (appelée larva migrans viscérale). Les vers non parvenus à maturité qui atteignent les yeux peuvent causer la cécité (appelée larval migrans oculaire). Les enfants sont plus susceptibles aux vers que les adultes, car ils jouent sur les pelouses et dans les bacs de sable où l’on peut plus probablement trouver des fèces contaminées. Ils peuvent aussi manger de la terre ou leur hygiène des mains peut laisser à désirer. Utilisez des gants pour le jardinage et encouragez les enfants et les adultes à se laver régulièrement les mains.


Les ankylostomes

Les ankylostomes (Ancylostoma, Uncinaria), une autre classe de vers intestinaux, peut causer une infection de la peau (appelée larva migrans cutanée). Cette infection se produit lorsque le stade de larve (immature) des parasites se fraie un passage sous la peau des personnes. Le plus souvent, la transmission survient quand des enfants jouent pieds nus dans des endroits où le sol est humide et contaminé, comme des bacs de sable et des terrains de jeu. Des infestations graves peuvent causer l’anémie sanguine. Une infection du système digestif par les ankylostomes est possible, mais extrêmement rare.


Les ténias

  • Les ténias communs (Dipylidium, Taenia) ne sont pas considérés comme des zoonoses importantes en raison du faible risque de transmission aux humains. Par exemple, il faudrait qu’une personne mange une puce porteuse d’un œuf de ténia pour contracter le ténia Dipylidium (puce). Les espèces de ténias (de chasse) sont habituellement contractées par les chats durant la chasse. Pour réduire le risque d’infestation, contrôlez les puces sur vos animaux de compagnie, ramassez et jetez les excréments et prévenez le comportement de chasse des chats.
  • Echinococcus granulosus canadensis (EG) est un ténia rare des régions nordiques du Canada qui est dangereux pour les humains et est transmis selon un cycle faunique en deux stades. Les cerfs de Virginie, les moutons, les orignaux et les chiens sont affectés et les parasites produisent des kystes dans les tissus internes, dont le foie ou les poumons. Vous pouvez réduire le risque pour les humains en ne laissant pas les chiens manger du gibier mort ou des viscères de mouton. Les humains ne devraient pas entrer en contact avec ces tissus et ils devraient adopter des mesures d’hygiène préventives lorsqu’ils dépècent une carcasse.
  • Echinococcus multilocularis est une autre espèce rare de petits ténias qui cause une infestation du système digestif des renards, des chiens et des coyotes. Les rongeurs et les humains peuvent souffrir d’une infestation s’ils contractent des œufs dans les fèces et si les œufs sont ingérés. Ce ténia cause une maladie des kystes hydatiques et des kystes dans le cœur, les poumons, le foie et le cerveau des personnes et des rongeurs.
  • Les mesures de prévention générales pour les ténias Echinococcus incluent notamment :
    • Une vermifugation régulière : Si vous laissez un chien errer librement dans les champs, parlez à votre vétérinaire, car il pourrait recommander une vermifugation régulière pour les ténias plusieurs fois par année afin de protéger le chien.
    • Hygiène adéquate : Il est essentiel de porter des gants ou d’avoir une hygiène fastidieuse des mains après avoir manipulé des fèces, car les humains peuvent manger des œufs de parasites par inadvertance s’il y a des fèces de chiens ou des kystes de tissu qui sont contaminés. Les œufs d’E. Multilocularis peuvent se trouver sur la fourrure des chiens et être accidentellement ingérés si l’on ne se lave pas les mains après avoir flatté l’animal. Des aliments, de l’eau et de la terre contaminés représentent d’autres sources de contamination.

Le ver rond du raton laveur

Le ver rond du raton laveur, Baylisascaris procyonis, est un parasite du système digestif des ratonslaveurs. Les œufs sont excrétés dans les fèces. Ce parasite produit la larva migrans neurale chez les humains lorsque les vers non parvenus à maturité pénètrent dans le système nerveux et il peut aussi provoquer des maladies des yeux et du cœur s’il migre vers ces tissus. Il faut éviter le contact avec les « latrines » de ratons laveurs (les zones où les ratons laveurs font leurs besoins), empêcher les animaux de compagnie d’errer librement, décourager la présence des ratons laveurs autour des résidences et se laver les mains après avoir fréquenté des endroits où des ratons laveurs ont déféqué. Toutes ces mesures de prévention sont importantes.


La bartonellose

La bartonellose est causée par une bactérie appelée Bartonella. Ce n’est qu’assez récemment que l’agent qui cause la « maladie des griffes du chat » a été identifié. Chez les humains, il cause des changements au niveau des ganglions lymphatiques, des ulcères au point d’entrée et il peut affecter le cœur. Comme son nom l’indique, cette bactérie est la plus fréquemment transmise par les égratignures, mais d’autres contacts avec les chats et des morsures infligées par des chats ou des chiens porteurs sont aussi considérés comme des voies de transmission efficaces, tout comme les morsures de puces infectées. Il est plus probable que les chats errants et ceux qui sortent à l’extérieur et logent dans des refuges aient cette infection parce qu’ils seront fréquemment porteurs de puces. Il est aussi possible que les chats ne manifestent aucun symptôme. Les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis estiment que jusqu’à 40 pour cent des chats apparemment en santé peuvent être porteurs de cette bactérie et, chez les chats, le signe le plus commun de maladie est une fièvre qui dure pendant plusieurs jours.


Giardia

Giardia est un parasite unicellulaire qui est rarement transmis entre les humains et les animaux de compagnie. Chez les humains, cette affection, la giardiase, est communément appelée « fièvre du castor », ce qui reflète les sources les plus courantes d’infection dans l’eau des étangs, des rivières et des lacs (le parasite est excrété par les castors et d’autres animaux sauvages). L’eau avalée pendant la baignade, le contact avec des surfaces ayant des fèces d’animaux de compagnie ou d’animaux sauvages infectés, le contact avec la fourrure de chiens ayant la diarrhée et le contact avec la bouche sans se laver les mains peuvent permettre la transmission de la maladie. Chez les animaux de compagnie et les humains, le ballonnement, la perte de poids, la fatigue et la diarrhée pourront être constatés. Parfois, les animaux et les humains seront porteurs du parasite sans manifester de symptômes.


La leptospirose

La leptospirose est causée par une bactérie (Leptospira) qui est excrétée dans l’urine et contamine les rivières, les étangs et les ruisseaux. Le contact direct avec l’urine d’un animal malade ou des aliments contaminés peut aussi servir de source d’infection pour les humains. Par ailleurs, les bactéries peuvent pénétrer dans les muqueuses (yeux, nez, intérieur de la bouche) ou des plaies. La leptospirose peut affecter le foie, les reins, le cerveau, le système respiratoire et reproducteur et la maladie est parfois mortelle. Chez les humains, les premiers symptômes ressemblent souvent à ceux d’une grippe. Les chiens sont l’espèce d’animaux de compagnie la plus touchée. Les chats peuvent aussi contracter l’infection, mais ils manifestent rarement des signes de la maladie. Pour prévenir la maladie, il faut notamment éviter le contact avec l’urine d’animaux de compagnie infectés ou avec des aliments et de l’eau contaminés ainsi que pratiquer une bonne hygiène. Un vaccin canin est disponible.


Chlamydophila psittaci

Chlamydophila psittaci est une bactérie qui provoque la « fièvre du perroquet ». Les psittacidés de compagnie sont la source la plus commune d’infection. Chez les humains, les symptômes de la maladie pourront inclure des symptômes des systèmes respiratoires, nerveux et digestifs et peuvent rarement être mortels. Les pigeons sont aussi porteurs de cette infection.


Bordetella bronchiseptica

Bordetella bronchiseptica est une bactérie qui cause la toux du chenil chez les chiens (la toux du chenil peut être causée par plus d’un agent infectieux; le virus parainfluenza en est un autre). L’infection produit des signes respiratoires chez les chats et les humains. Elle est transmise par des gouttelettes de la toux. Il existe un vaccin pour les chiens. Un vaccin pour chats est aussi disponible, mais il est rarement utilisé. 


Morsures et égratignures

  • La rage et la bartonellose, qui sont décrites ci-dessus (et de nombreuses autres bactéries), peuvent être transférées par des morsures et des égratignures ou pénétrer par des plaies dans la peau. Certains organismes peuvent aussi pénétrer dans les muqueuses. Des infections graves peuvent découler de l’un ou l’autre de ces modes de transmission. Par exemple, Capnocytophaga est une bactérie qui peut produire de très graves complications des morsures, des égratignures ou du léchage, quoique cela se produise très rarement.
  • Il existe de nombreuses autres zoonoses, mais ce sont celles qui sont précédemment énumérées qui sont le plus fréquemment observées au Canada.
  • Dans d’autres régions du monde, d’autres zoonoses, dont la peste et des agents viraux comme Zika, Nipah, Ébola et beaucoup d’autres, suscitent des préoccupations émergentes.
  • Des soins vétérinaires réguliers et l’hygiène contribueront à la prévention de bon nombre de ces maladies. Faites examiner votre animal de compagnie par votre vétérinaire s’il est malade. Si vous entrez en contact avec un animal qui est malade et que vous tombez ensuite malade, consultez votre médecin.

(3.11.2016)


Réviseurs :
Dre Kathleen Cavanagh, rédactrice en ligne, ACMV
Dr J. Scott Weese, Chaire de recherche du Canada sur les zoonoses