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Maladies bucco-dentaires des chats

Le 25 avril 2018

MALADIES BUCCO-DENTAIRES (MALADIE PARODONTALE, GNGIVITE, STOMATITE)

Les chats peuvent développer des problèmes dans les tissus autour de leurs dents tout comme nous le pouvons! La cavité buccale inclut des tissus parodontaux de soutien des dents ainsi que les glandes salivaires et les tissus immunitaires (comme les amygdales).

GINGIVITE

Une maladie des gencives légère ou précoce se manifeste souvent sous forme d’une ligne d’un rouge intense et/ou de l’enflure le long des dents, à la limite gingivale. Cette affection s’appelle gingivite. Lorsque l’infection ou l’inflammation des gencives devient plus avancée, les tissus mous d’ancrage, puis les supports osseux, peuvent se dégrader et s’affaiblir, ce qui causera des dents mobiles, la perte de dents ou des abcès (parodontie). Les symptômes de la maladie parodontale comprennent des gencives enflées, une limite gingivale réduite ou excessive, des dents superposées, des écoulements purulents (pus) et la mauvaise haleine (halitose). Les symptômes s’aggravent progressivement au fur et à mesure que la maladie parodontale progresse de la gingivite à la parodontie.

STOMATITE

La stomatite est une affection inflammatoire profonde répandue des gencives et des tissus mous de la cavité buccale qui est à médiation immunitaire. Elle affecte particulièrement l’extérieur des muscles palato-glosse (l’arc de tissu adjacent au palais mou)La cause de la stomatite n’est pas bien comprise.

FACTEURS DE RISQUE POUR LA STOMATITE

Une infection virale chronique, y compris des virus des voies respiratoires supérieures, comme le virus de l’herpès et le calicivirus ainsi que des virus qui affaiblissent le système immunitaire, dont le virus de l’immunodéficience féline (FIV) ou le virus de la leucémie féline (FeLV), peuvent jouer un rôle et compliquer la réponse aux traitements de la stomatite. Sans égard aux causes, dont aucune n’a été prouvée adéquatement, le système immunitaire des chats affectés a une réaction démesurée aux bactéries de la plaque et/ou à la dent ou aux tissus de soutien de la dent, ce qui entraîne une inflammation grave et souvent débilitante (stomatite).

TRAITEMENT DE LA STOMATITE

Le traitement de la stomatite consiste généralement à extraire toutes les dents de la gueule et cette intervention élimine le besoin d’administration continue de médicaments dans plus de 95 % des cas de stomatite, surtout pour les chats qui n’ont pas déjà un système immunitaire affaibli (infection virale) ou une quantité excessive de protubérances (tissus prolifératifs). Les tissus prolifératifs peuvent être aplanis et cicatrisés durant le traitement en vue de prévenir la douleur et le piégeage d’antigènes et de débris à l’aide du laser au gaz carbonique (CO2). Les extractions de toutes les dents et les traitements buccaux au laser sont généralement réalisés par des médecins vétérinaires ayant une formation avancée en dentisterie vétérinaire et en chirurgie buccale.

Maladie des dents : rôle du tartre et de la plaque et résorption de la dent

Les chats ne développent pas de « caries » comme les humains, les autres primates, les chiens et les ours. Cependant, les chats développeront des trous dans leurs dents en raison de la résorption de la dent plutôt que d’une carie classique. Les lésions de résorption de la dent (RD) semblent avoir la couleur d’une dent, mais elles sembleront rouges lorsque les gencives irritées couvriront la dent et « panseront » ou couvriront les défauts de la dent au-dessus de la limite gingivale des dents autres que les canines et les crocs (ces dents ont habituellement des lésions à la limite gingivale ou sous celle-ci qui peuvent seulement être détectées lors d’une radiographie). Chez les chats, les lésions de RD étaient auparavant appelées des lésions du cou ou des lésions résorptives odontoclastiques félines et incorrectement appelées des « caries des chats ». La résorption de la dent (RD) est le seul terme accepté par le Comité de la nomenclature de l’American Veterinary Dental College pour ces lésions. On peut consulter de plus amples renseignements ici : http://www.avdc.org/Nomenclature/Nomen-Intro.html#Contents.

SYMPTÔMES DE LA RD

La résorption de la dent affaiblit la dent et provoque fréquemment le cisaillement de la dent ou d’une partie de la dent à la limite gingivale. Les RD supragingivales (au-dessus de la limite gingivale) sont très douloureuses, quoique les chats manifesteront rarement des signes de douleur à leur propriétaire. Des difficultés à manger, de la bave excessive (salivation), la perte partielle ou complète d’une dent ou des dents qui sont mobiles, le frottement de la face et la mauvaise haleine (halitose) sont des symptômes possibles de la résorption de la dent.

Vu que les chats manifestent rarement des signes de douleur et compte tenu du fait que ces lésions ne causent pas la maladie parodontale ou les maladies de l’endodonte, ces lésions RD peuvent passer inaperçues sans un examen buccal détaillé et des radiographies dentaires de l’ensemble de la cavité buccale.

FACTEURS DE RISQUE POUR LA RD

Au cours des dernières 50 années, le nombre de chat touchés par ces lésions semble avoir augmenté, probablement une conséquence d’une éducation vétérinaire améliorée et d’un plus grand nombre d’unités dentaires vétérinaires qui sont en utilisation dans les cliniques vétérinaires. La recherche se poursuit sur la cause exacte des lésions résorptives, même si les cellules de résorption hyperactives des os (odontoclastiques) sont un élément constant des changements de la RD. On sait que la maladie des gencives et des structures parodontales accompagnent la résorption des dents, mais ce n’est pas toujours la cause. L’alimentation, la génétique (équilibre intrinsèque calcium : phosphore) et les dommages aux dents peuvent aussi jouer un rôle dans le développement de la RD, mais aucun de ces éléments n’a été prouvé.

Dans une enquête publiée, les auteurs Wessum et al. (1992) ont examiné les RD chez des chats vivants en Hollande et aux États-Unis. Les cas de RD étaient assez prévalents et 62 % des chats néerlandais et 67 % des chats américains étaient affectés. Ces pourcentages sont sous-estimés compte tenu de l’absence de radiographies buccales complètes dans toutes les études sur tous les chats. Les radiographies sont nécessaires pour détecter les lésions précoces et celles situées sous la limite gingivale. Les chercheurs ont signalé que, si l’on tentait de réparer les dents RD, les trois quarts des dents restaurées se détérioraient parce que la cause inconnue de la résorption n’était pas résolue et que les dents avaient seulement été colmatées. 

TRAITEMENT DE LA RD

Si la maladie est déjà commencée, le traitement dépendra de la nature du problème et de la gravité au moment du diagnostic. Dans la plupart des cas, un examen bucco-dentaire complet, y compris des radiographies complètes de la cavité bucco-dentaire et un nettoyage des dents sous anesthésie générale, permettra au vétérinaire de consigner les changements dentaires et de les documenter de manière objective. La nature de ces changements ainsi que la santé systémique générale et la santé buccale du patient détermineront si l’extraction ou une amputation de couronne et une rétention de racine intentionnelle et/ou d’autres traitements seront réalisés. Les chats dont le système immunitaire est affaibli par des maladies comme le FeLv/FIV, le diabète, la chimiothérapie et la stomatite exigeront une extraction complète de la dent. Les radiographies dentaires représentent un élément important du diagnostic pour les problèmes qui se situent au-dessous de la limite gingivale.

PRÉVENTION DE LA RD

La prévention des problèmes de la cavité buccale chez les chats exige des soins dentaires à la maison. Les mesures de prévention incluent un brossage des dents régulier à la maison, des additifs dans l’eau, des gels dentaires, de la supplémentation en acides gras et des diètes dentaires sur ordonnance. Les premières recherches en cours sur la RD peuvent appuyer une alimentation à l’aide de diètes non acidifiantes composées d’un contenu supérieur en magnésium, en potassium, en calcium et en phosphore. Des recommandations plus définitives pour la RD devront attendre les résultats de nouvelles études de recherche.

Sommaire

Parlez à votre vétérinaire à propos des bienfaits des soins dentaires réguliers à domicile pour votre chat ainsi que le moment des interventions professionnelles. En règle générale, toute plaque durcie (calculs/tartre), halitose, altération de la couleur des tissus buccaux, changements des tissus mous ou durs, y compris des protubérances (enflure, tissus prolifératifs) ou des signes de douleur buccale nécessitent une évaluation complète de l’hygiène bucco-dentaire et le traitement par un médecin vétérinaire autorisé. Les médecins vétérinaires autorisés pourront diriger leurs clients vers des vétérinaires qui s’intéressent particulièrement à la dentisterie vétérinaire ou qui ont été agréés dans ce domaine pour des options de traitement plus poussées. 


Dre Kathleen Cavanagh, B.Sc., D.M.V, MET
Consultante en rédaction en ligne de l’ACMV

Lee Jane Huffman, D.M.V., Dip. AVDC, rédactrice spécialiste consultante

 

Le 16 avril 2018


Ressources :

REITER, A.M., J.R. LEWIS et A. OKUDA. (2005) « Update on the etiology of tooth resorption in domestic cats », Vet Clin North Am Small Anim Pract, juillet, vol. 35, no 4, p. 913-42.

GIRARD, Nicolas, Éric SERVET, ing. aliment., Philippe HENNET et Vincent BIOURGE. (2011). « Tooth Resorption and Vitamin D3 Status in Cats Fed Premium Dry Diets », J Vet Dent, vol. 7, no 3, p. 142-47.

VAN WESSUM, R., C.E. HARVEY et P. HENNET. (1992) « Feline Dental Resorptive Lesions: Prevalence Patterns », Vet Clin North Am Small Anim Pract, vol. 22, no 6, p. 1405-1416. En ligne, janvier 2015 http://dx.doi.org/10.1016/S0195-5616(92)50134-6