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Mise à mort sans cruauté des phoques dans le cadre de la chasse aux phoques au Canada atlantique – Énoncé de position

Le 6 octobre 2021

Position

L’Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV) considère que la chasse aux phoques ne devrait être pratiquée que s’il est démontré qu’elle peut être effectuée de manière non cruelle et durable. L’ACMV croit que l’application complète du Règlement sur les mammifères marins de la Loi sur les pêches (1) est essentielle. L’ACMV reconnaît que la chasse demeure un sujet polarisant et appuie la surveillance continue de la chasse par des observateurs indépendants soucieux du bien-être animal, y compris des médecins vétérinaires. L’ACMV encourage également la poursuite de la recherche sur les meilleures pratiques de chasse aux phoques, particulièrement si et quand de nouveaux groupes d’âge ou de nouvelles pratiques de chasse sont envisagés.

L’ACMV croit fermement que la formation obligatoire sur le traitement sans cruauté des phoques et la délivrance de permis aux chasseurs de phoques sont nécessaires pour veiller à ce que la mort des phoques soit aussi rapide et non cruelle que possible.

 

Résumé

  • La chasse aux phoques demeure un sujet polarisant.
  • La chasse aux phoques ne devrait être pratiquée que s’il est démontré qu’elle peut être effectuée de manière non cruelle et durable.
  • Le commerce des jeunes phoques (blanchons et « dos bleus ») qui n’ont pas perdu leur premier pelage est interdit par la loi.
  • Une arme à feu, un gourdin ou un hakapik peuvent être utilisés pour tuer les phoques. Leur fiabilité est fortement corrélée à un certain nombre de facteurs, notamment la préparation, la force, la compétence et l’expérience du chasseur et les conditions de chasse.
  • Indépendamment de la méthode utilisée, le chasseur doit confirmer la mort du phoque en palpant le crâne de l’animal pour s’assurer qu’il a été fracassé, puis saigner le phoque en sectionnant les deux artères axillaires.

Contexte

  1. La chasse aux phoques divise l’opinion publique depuis des décennies, tant au Canada qu’ailleurs dans le monde. Ceux qui sont contre affirment qu’elle est cruelle et qu’elle n’est pas durable, tandis que ceux qui sont pour évoquent les pratiques traditionnelles et des revenus indispensables (1-3).
  2. Les phoques du Groenland et les phoques gris sont chassés commercialement dans les eaux du Canada atlantique. La plupart des phoques chassés sont âgés d’environ 4 à 6 semaines. Le commerce des jeunes phoques (blanchons et « dos bleus ») qui n’ont pas perdu leur premier pelage n’est pas autorisé (4).
  3. Les jeunes phoques ont des crânes minces qui peuvent être complètement fracassés par un ou quelques vigoureux coups de gourdin de bois ou de hakapik (gourdin muni d’une virole à pointe métallique). Par conséquent, l’ACMV considère qu’il s’agit d’une méthode rapide, efficace et non cruelle de tuer de jeunes phoques si elle est exécutée de manière appropriée. Plus précisément, si le chasseur utilise un hakapik, l’ACMV recommande que le crâne du phoque soit frappé avec suffisamment de force pour assurer une destruction rapide et complète des deux hémisphères cérébraux. Cependant, comme il faut une habileté et une puissance considérables pour y parvenir, l’utilisation de l’hakapik comme outil qui provoque immanquablement une mort rapide soulève des préoccupations (5-10).
  1. Lorsque des armes à feu sont utilisées pour tuer les phoques, leur efficacité dépend de l’équipement utilisé et de l’adresse au tir du chasseur dans des conditions difficiles où tant le phoque que l’embarcation dans laquelle le chasseur se trouve peuvent bouger. L’ACMV appuie le Règlement sur les mammifères marins (4) qui précise la vitesse et l’énergie minimales des balles pouvant être utilisées pour la chasse aux phoques, car les balles conformes à ces spécifications sont plus susceptibles de tuer un animal même si elles ne touchent pas directement son cerveau que les balles ayant une vitesse et une énergie moindres.
  2. Quelle que soit la méthode de mise à mort, l’ACMV soutient fermement que le chasseur doit confirmer la mort de l’animal avant de le traîner au moyen d’un crochet ou de le saigner, en palpant le crâne pour s’assurer qu’il est fracassé et que les deux hémisphères cérébraux sont complètement détruits (4). L’exsanguination par la section des vaisseaux sanguins axillaires constitue une méthode secondaire et terminale pour tuer le phoque et élimine le risque qu’il soit traîné ou écorché alors qu’il est toujours conscient et peut ressentir de la douleur (5,9). Pêches et Océans Canada exige que les chasseurs de phoques respectent le Règlement sur les mammifères marins qui stipule qu’ils doivent suivre une formation sur le processus en trois étapes (frappe, vérification, saignée) de la chasse aux phoques et ensuite l’appliquer sur le terrain (11).
  1. L’ACMV exprime des préoccupations importantes quant au tir des phoques dans l’eau, car cette façon de faire peut empêcher le chasseur de vérifier l’écrasement du crâne de l’animal pour s’assurer de la destruction complète des deux hémisphères cérébraux avant de le récupérer avec un crochet (5,9). Cette méthode peut également entraîner un taux inacceptablement élevé d’animaux impossibles à récupérer après avoir été abattus à certaines périodes de l’année, ce qui pourrait potentiellement entraîner des morts cruelles. De plus, l’incapacité de récupérer les animaux abattus peut se traduire par la chasse de phoques additionnels qui n’aurait pas eu lieu autrement (12). L’ACMV recommande donc de ne pas tirer un phoque à moins que le chasseur soit en mesure de confirmer rapidement la perte de conscience ou la mort après le coup de feu (13).
  2. Dans certaines régions de la côte de l’Atlantique, les chasseurs de subsistance utilisent des filets installés dans l’eau pour attraper et noyer les animaux. L’ACMV s’oppose vivement à cette méthode de chasse, car elle considère que la noyade n’entraîne pas une mort immédiate, et constitue par conséquent une façon cruelle de causer la mort (5). L’ACMV donnerait son appui à une réglementation qui rendrait illégale cette méthode de chasse.
  3. L’ACMV croit que la chasse aux phoques doit se faire de manière durable et qu’une surveillance continue de la population est essentielle.
  4. L’ACMV appuie la surveillance continue de la chasse par des observateurs indépendants soucieux du bien-être animal, y compris des médecins vétérinaires, pour vérifier la conformité à l’utilisation appropriée de méthodes de chasse sans cruauté.

Références (dernière consultation en juillet 2021)

 

  1. Lavigne DM, Lynn WS. Canada’s commercial seal hunt: It’s more than a question of humane killing. Journal of Animal Ethics 2011;1(1):1-5. Disponible au : https://pdfs.semanticscholar.org/01f7/d112fd133bd75cc4cefb420294590f867bd3.pdf?_ga=2.232573087.1442272970.1613007457-1611191721.1613007457.
  2. Marland A. If seals were ugly, nobody would give a damn: Propaganda, nationalism, and political marketing in the Canadian seal hunt. Journal of Political Marketing 2014;13(1-2):66-84. Disponible au : https://www.researchgate.net/publication/271937953_If_Seals_Were_Ugly_Nobody_Would_Give_a_Damn_Propaganda_Nationalism_and_Political_Marketing_in_the_Canadian_Seal_Hunt.
  3. Livernois J. The economics of ending Canada’s commercial harp seal hunt. Marine Policy 2010;34(1):42-53. Disponible au : https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0308597X09000578.
  4. Règlement sur les mammifères marins (RMM), 2018, DORS/93-56. Ministre de la Justice, Canada. Disponible au : http://laws-lois.justice.gc.ca/PDF/SOR-93-56.pdf.
  5. Scientific Opinion of the Panel on Animal Health and Welfare on a request from the Commission on the Animal Welfare aspects of the killing and skinning of seals. The EFSA Journal 2007;610:1-122. Disponible au : https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/pdf/10.2903/j.efsa.2007.610.
  6. Butterworth A, Richardson M. A review of animal welfare implications of the Canadian commercial seal hunt. Marine Policy 2013;38:457-469. Disponible au : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0308597X12001662.
  7. Daoust PY, Hammill M, Stenson G, Caraguel C. A review of animal welfare implications of the Canadian commercial seal hunt: a critique. Marine Policy 2014;43:367-371. Disponible au : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0308597X13001541.
  8. Butterworth A, Richardson M. A review of animal welfare implications of the Canadian commercial seal hunt–a response to critique of paper MP13 172. Marine Policy 2014;43:379-381. Disponible au : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0308597X13001528.
  9. Daoust PY, Caraguel C. The Canadian harp seal hunt: observations on the effectiveness of procedures to avoid poor animal welfare outcomes. Animal Welfare 2012;21:445-455. Disponible au : https://www.sealharvest.ca/wp-content/uploads/2015/04/Canadian-harp-seal-hunt-Animal-Welfare-2012.pdf.
  10. Pêches et Océans Canada. Effectiveness of methods used to kill seals in Canada’s commercial seal hunt, with particular emphasis on grey seals (Halichoerus grypus). Canadian Science Advisory Secretariat Science Advisory Report 2013/010. Disponible au : https://waves-vagues.dfo-mpo.gc.ca/Library/349418.pdf.
  11. Smith B. Improving Humane Practice in the Canadian Harp Seal Hunt. A Report of the Independent Veterinarians’ Working Group on the Canadian Harp Seal Hunt. 2005. Disponible au : http://www.cwhc-rcsf.ca/docs/technical_reports/IVWG_Report_EN.pdf.
  12. Pêches et Oceans Canada. Ensuring the seal harvest is humane. Disponible au : https://www.dfo-mpo.gc.ca/fisheries-peches/seals-phoques/humane-sans-cruaute-eng.html.
  13. Sjare B, Stenson GB. Estimating struck and loss rates for harp seals (Pagophilus groenlandicus) in the Northwest Atlantic. Marine Mammal Science 2002;18:710-720. Disponible au : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/j.1748-7692.2002.tb01068.x.

 

Énoncé de position révisé en juillet 2021