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Traitement des abeilles domestiques et des pollinisateurs : ce que les professionnels vétérinaires doivent savoir

Le 29 mars 2018

Par le Groupe consultatif sur la gouvernance des produits vétérinaires pharmaceutiques

Contexte :

L’apiculture, y compris les services de pollinisation et la production de miel, représente un domaine important de la production agricole canadienne. On oublie souvent le fait que les abeilles domestiques sont des animaux producteurs de denrées alimentaires. En 2015, il y avait 8 500 producteurs de miel inscrits au Canada, ce qui représente plus de 720 000 colonies d’abeilles, et le Canada a produit 95 millions de livres de miel d’une valeur commerciale de 250 millions de dollars canadiens.

À ce moment, soixante-huit pour cent de la production canadienne s’effectuait en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba et 41 % provenait de l’Alberta. L’Ontario comptait le plus grand nombre de producteurs, soit 2562.

En général, les apiculteurs possèdent de nombreux ruchers, qui se composent chacun d’une série de colonies ou de ruches dotées de plusieurs boîtes ou hausses dans chaque ruche ainsi que de cadres qui servent à la reproduction des abeilles et à la production du miel. La composition de l’industrie est très diverse et on compte notamment des grands producteurs commerciaux possédant plusieurs milliers de colonies, des producteurs à temps partiel possédant quelques dizaines de colonies et beaucoup d’amateurs qui peuvent parfois posséder une seule ruche. La production de miel s’effectue dans des régions rurales éloignées, des banlieues et même dans certains milieux urbains.

L’industrie est bien organisée et elle compte des organisations de producteurs dans toutes les provinces ainsi qu’un Conseil canadien du miel à l’échelle nationale. Ces organisations sont soutenues par des lois et des règlements sur les ruchers dans la plupart des provinces et une réglementation fédérale sous l’égide d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAFC) et de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA). Du soutien professionnel est offert par les apiculteurs provinciaux et d’autres employés provinciaux ainsi que des équipes de transfert technologique et des spécialistes fédéraux d’AAC et de l’ACIA. 

Comme tous les systèmes de production de bétail, les abeilles sont exposées à de nombreuses menaces de maladies, dont des bactéries, des champignons, des virus et des parasites. Ces situations de santé ont été jusqu’à maintenant gérées par les apiculteurs avec des conseils des employés provinciaux et fédéraux travaillant dans le domaine. Les médecins vétérinaires ont joué un rôle mineur.

La loque américaine est une maladie bactérienne qui a un impact important au sein de l’industrie. C’est une maladie répandue et, dans certaines régions, on peut trouver la présence de spores dans jusqu’à 25 % des colonies. La prévalence varie grandement au Canada. Dans les régions à forte incidence, la loque américaine est traitée de façon préventive en administrant de la tétracycline à la colonie à l’automne et au printemps (la plupart du temps, on la mélange avec du sucre et on la place sur le haut des cadres sous forme de poussière), même dans les colonies non affectées. Normalement, les antibiotiques agissent sur le stade végétatif mais non sur le stade de formation des spores et cette mesure masque donc la présence de la maladie. Signalons que la loque américaine ne peut pas être éliminée par un traitement antibiotique (parce que le stade de formation des spores n’est pas affecté). En raison de cette utilisation préventive systématique, la résistance à la tétracycline s’est développée et la gestion est devenue plus complexe. La tylosine est aussi enregistrée au Canada pour le traitement de la loque américaine et est seulement recommandée lorsque la loque américaine a été confirmée et que la résistance à la tétracycline a été documentée.  Dans ces situations, la tylosine est utilisée à l’automne. En plus du risque de développer une résistance, les deux produits sont problématiques car il existe la possibilité de contamination du miel commercial avec des antibiotiques. Par conséquent, leur utilisation doit être minutieusement contrôlée et limitée à une période de non-production du miel commercial. 

Environnement changeant :

Santé Canada a stipulé que l’utilisation des antimicrobiens importants sur le plan médical (AIM) chez les animaux destinés à l’alimentation doit se faire sous surveillance vétérinaire. Cette surveillance s’effectuera en ajoutant tous les AIM à la liste des médicaments sur ordonnance et elle sera mise en œuvre d’ici la fin de 2018.

Ce changement aura un impact important sur l’industrie de l’apiculture. Pour accéder à la tétracycline, à la tylosine ou à d’autres antimicrobiens importants sur le plan médical pour utilisation dans leur exploitation, les apiculteurs doivent maintenant se procurer une prescription vétérinaire dans tous les territoires canadiens.

Il est nécessaire que les médecins vétérinaires canadiens se familiarisent avec l’apiculture et les exigences des traitements particuliers aux abeilles, car ces connaissances sont essentielles afin de développer des relations vétérinaires-clients-patients (RVCP) légitimes, d’établir des besoins médicaux basés sur des données probantes et d’ensuite prescrire et distribuer le traitement antimicrobien pour les patients présentés par cette industrie.

Compte tenu de la vaste distribution des exploitations d’apiculture, il faut prévoir que cette industrie pourrait faire appel à vos services à titre de médecin vétérinaire praticien. La participation vétérinaire ne se limitera pas aux pratiques vétérinaires traditionnelles pour animaux destinés à l’alimentation, car les services des praticiens pour animaux de compagnie des banlieues et des milieux urbains seront aussi sollicités.


Foire aux questions :

>En quoi consiste une prescription vétérinaire?

Une prescription est une directive émise par un médecin vétérinaire autorisé pour le traitement d’un animal ou d’un groupe d’animaux avec un médicament particulier selon une dose spécifiée et pendant une durée déterminée afin de traiter une affection particulière.

>À quel moment une prescription vétérinaire est-elle requise?

Une prescription est requise pour tout produit sur ordonnance qui inclut un antimicrobien important sur le plan médical pour utilisation chez un animal, y compris les abeilles domestiques.  Une prescription est requise pour la distribution des produits sur ordonnance.

>Quand peut-on émettre une prescription vétérinaire?

Une prescription vétérinaire peut seulement être émise par un médecin vétérinaire une fois qu’il a établi le besoin médical d’un produit dans le contexte d’une relation vétérinaire-client-patient (RVCP).

Il faut suivre les quatre étapes suivantes :

  1. Établir les conditions d’une relation vétérinaire-client-patient valide (RVCP) à l’égard de l’apiculteur, de son exploitation et de ses abeilles et y satisfaire.
  2. Effectuer une détermination du besoin médical en se basant sur des données probantes.
  3. Verser les documents appropriés au dossier médical.
  4. Assurer la supervision de l’utilisation et du suivi.

>Quels sont les éléments requis pour établir une « RVCP »?

Relation vétérinaire-client-patient (RVCP) – Une RVCP existe lorsque toutes les conditions suivantes ont été satisfaites :

  1. Le médecin vétérinaire a assumé la responsabilité de la réalisation des évaluations cliniques et des recommandations concernant la santé de l’animal et le besoin de traitement médical.
  2. Le médecin vétérinaire connaît suffisamment l’animal pour la réalisation d’une évaluation, d’un diagnostic et du traitement de l’affection médicale de l’animal. Cela signifie que le médecin vétérinaire a récemment vu l’animal et qu’il s’est personnellement rendu compte des conditions d’élevage et des soins prodigués à l’animal lors d’un examen de l’animal ou de visites médicales appropriées et opportunes sur les lieux d’hébergement de l’animal.
  3. Le client a accepté de suivre les recommandations et la prescription du médecin vétérinaire.
  4. Le médecin vétérinaire est disponible pour un suivi ou il a pris les dispositions nécessaires pour une évaluation de suivi, particulièrement en cas de réaction indésirable ou d’échec du programme de traitement.

>Comment la RVCP s’applique-t-elle dans le cas du traitement des abeilles domestiques et des pollinisateurs?

Même si les principes fondamentaux de la RVCP s’appliquent aussi aux abeilles, le processus d’établissement d’un besoin médical légitime pour le traitement n’exigera pas nécessairement « l’examen d’un animal » (abeille).

>Quels sont les renseignements requis pour que la RVCP avec l’apiculteur soit légitime?

Il doit y avoir un dossier médical indiquant que le médecin vétérinaire a assumé la responsabilité des évaluations cliniques et des recommandations concernant la santé des animaux (abeilles), qu’il existe un besoin médical et que le producteur a consenti à suivre ces recommandations. On doit pouvoir démontrer que le médecin vétérinaire et l’apiculteur ont établi une relation de travail.

Les renseignements dans le dossier médical pourraient inclure une partie ou la totalité des renseignements suivants ainsi que tous les renseignements pertinents disponibles concernant la situation particulière.

  • Nom du producteur
  • Adresse et emplacement des lieux de production
  • Confirmation de l’inscription de l’exploitation auprès de la province lorsque cela est requis en vertu de la loi
  • Numéro d’identification de l’établissement (le cas échéant)
  • Nombre de ruchers
  • Nombre de colonies ou de ruches
  • Production annuelle
  • Facilité de l’accès aux unités de production par le médecin vétérinaire
  • Preuve d’une consultation en personne avec l’apiculteur
  • Preuve de la connaissance de l’exploitation soit par des visites en personne dans les lieux de production ou lors d’une consultation par communication vidéo en temps réel
  • Historique des pratiques de gestion de la santé de l’exploitation

>Quels sont les renseignements spécifiques au patient que doit posséder un médecin vétérinaire afin d’émettre une prescription de traitement?

Une partie ou la totalité des renseignements suivants pourraient fournir une connaissance suffisante de l’animal afin de réaliser l’évaluation et le diagnostic nécessaires pour les recommandations de traitement ou de prévention en lien avec les affections médicales particulières.

  • Dossiers de santé de la colonie
  • Historique des maladies
  • Antécédents de traitement pour toutes les maladies
  • Documentation des visites sur les lieux par les apiculteurs provinciaux, y compris les rapports et les recommandations
  • Données probantes cliniques de la présence d’une maladie en se basant sur l’inspection visuelle par le médecin vétérinaire ou l’apiculteur provincial qualifié
  • Rapports de laboratoire pour tous les échantillons soumis qui confirment la présence de la maladie ou de spores
  • Résultats de cultures concernant la résistance à la loque américaine
  • Résultats des tests de résidus d’antibiotiques
  • Données probantes confirmant la présence de la maladie dans une région ou une province particulière qui peut potentiellement se propager dans la colonie en question

>Quels autres renseignements devrait-on verser au dossier?

Un médecin vétérinaire doit documenter tous les renseignements pertinents recueillis à propos d’un client et d’un patient. Cela inclura, entre autres, l’anamnèse, le diagnostic, le traitement et les résultats.

>Où puis-je obtenir de plus amples renseignements sur le traitement des abeilles?

  • Association canadienne des apiculteurs professionnels : www.capabees.org
  • Conseil canadien du miel : www.honeycouncil.ca
  • Diverses associations provinciales de producteurs de miel
  • « Honey Bee Diseases and Pests », troisième édition, dirigé par Stephen F. Pernal et Heather Clay  www.capabees.org
  • Participer à des activités de formation continue actuellement offertes
  • Veterinary Information Network (VIN) : www.vin.com, Bees 2018
  • Établir une bonne relation de travail avec l’apiculteur provincial travaillant dans votre province.           
  • Consulter les laboratoires de diagnostic et les écoles de médecine vétérinaire

Avis de non-responsabilité

Le présent article a pour but de servir de point de départ pour les médecins vétérinaires qui désirent participer à la pratique vétérinaire pour les abeilles. Les obligations professionnelles sont déterminées par l’organisme provincial de réglementation de la médecine vétérinaire. Les commentaires présentés dans cette discussion ne visent pas à remplacer ou à insinuer une contradiction aux normes d’exercice établies dans chaque province.

On conseille aux professionnels médicaux vétérinaires de contacter leur organisme de réglementation afin d’obtenir des renseignements sur les exigences provinciales particulières.