Prise en charge de la douleur chez les animaux (auparavant « Gestion de la douleur chez les animaux ») – Énoncé de position

février 22, 2022

Position

L’Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV) soutient que les médecins vétérinaires ont le devoir d’utiliser des protocoles appropriés de prise en charge de la douleur pour les interventions chirurgicales et le traitement des affections médicales qui causent ou sont susceptibles de causer de la douleur.

Sommaire

  • La douleur et la souffrance sont des états cliniquement importants qui nuisent à la santé et à la qualité de vie des animaux.
  • La profession vétérinaire doit adopter une approche prudente à l’égard de la capacité des animaux à ressentir de la douleur et, par conséquent, faire des recommandations concernant la prévention et la prise en charge de la douleur.
  • Il faut toujours prendre en considération la douleur qu’une affection médicale ou une intervention chirurgicale pourrait causer, et veiller à la prévenir ou à la soulager aussi efficacement que possible.
  • Les médecins vétérinaires possèdent les connaissances et les compétences nécessaires pour prévenir, éliminer, réduire ou atténuer la douleur.
  • Les médecins vétérinaires doivent se tenir au courant des façons de reconnaître et de prendre en charge la douleur chez les espèces qu’ils traitent.

Contexte

  1. La douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable associée à des lésions tissulaires réelles ou potentielles (1).
  2. La nociception est la capacité sensorielle à répondre à des stimuli nuisibles. Elle est présente chez de nombreuses espèces et peut survenir sans que l’animal ressente de la douleur.
  3. Beaucoup d’animaux présentent des réponses physiologiques et comportementales à la nociception similaires à celles qui se produisent lorsque des humains ressentent de la douleur. Il manque de preuves définitives pour déterminer dans quelle mesure les animaux peuvent ressentir la douleur, et une approche prudente devrait être adoptée en l’absence de certitude (2). Ainsi, la profession vétérinaire doit faire des recommandations concernant la prévention et la prise en charge de la douleur en tenant pour acquis que tous les animaux dont ils s’occupent peuvent ressentir de la douleur.
  4. La douleur et la souffrance sont des états cliniquement importants qui nuisent à la santé et à la qualité de vie des animaux, que ce soit à court ou à long terme (3).
  5. Les médecins vétérinaires ont la responsabilité professionnelle de savoir reconnaître la douleur et la détresse chez plusieurs espèces et de se tenir au courant des nouveaux développements en ce qui concerne la prévention, la détection et la prise en charge de la douleur (4,5). Les réponses à la douleur typiques des diverses espèces sont de mieux en mieux décrites, et la capacité des animaux à éprouver de la douleur ne doit pas être exclue en raison d’un comportement stoïque visant à cacher la douleur (6-19).
  6. La douleur aiguë peut être induite par un traumatisme, une intervention chirurgicale ou une maladie. Son intensité peut varier de légère à importante, et elle atteint habituellement son intensité maximale dans les 24 à 72 heures suivant l’agression tissulaire. La douleur aiguë répond généralement bien aux analgésiques (20).
  7. La douleur chronique perdure au-delà du temps habituellement requis pour qu’une blessure guérisse, pendant des mois ou des années, et est associée à un processus pathologique chronique. Elle nécessite souvent une médication de longue durée ainsi que l’adaptation de l’environnement de l’animal, de son état de chair, de son niveau d’activité et de son utilisation. La douleur chronique peut également répondre favorablement à des interventions non pharmacologiques (20).
  8. La douleur neuropathique est chronique et associée à une lésion du système nerveux périphérique ou central. Sa cause peut être un traumatisme (par exemple, une amputation ou une blessure par écrasement), une lésion vasculaire (par exemple, une maladie thromboembolique), une endocrinopathie (par exemple, le diabète mellitus) ou une infection (par exemple, la névralgie post-herpétique) (21). La douleur neuropathique requiert souvent l’administration de plusieurs classes de médicaments car, dans bien des cas, elle ne peut pas être prise en charge adéquatement par un traitement pharmacologique unique (20).
  9. Une prise en charge réussie de la douleur chirurgicale nécessite une planification réfléchie de l’analgésie périopératoire pour procurer un soulagement efficace de la douleur avant, pendant et après l’intervention. Un protocole multimodal peut être nécessaire pour la douleur plus intense étant donné qu’il est possible que l’administration d’une seule classe d’analgésiques ne procure pas un soulagement adéquat. La sédation peut être envisagée pour réduire le plus possible le stress et la peur. Bien que les sédatifs (comme les phénothiazines et les benzodiazépines) et les anesthésiques généraux (comme le thiopental, le propofol et les gaz anesthésiques) modifient la perception de la douleur, ils n’altèrent pas substantiellement le processus nociceptif et ne doivent pas être considérés comme des analgésiques (22,23).
  10. L’utilisation concomitante d’au moins deux classes pharmacologiques de médicaments analgésiques (opioïdes, agonistes des récepteurs alpha-2, anti-inflammatoires, anesthésiques locaux et régionaux, anesthésiques dissociatifs, analogues du GABA) permet généralement une prise en charge de la douleur plus efficace, avec moins d’effets secondaires, qu’un traitement par un seul analgésique (24,25). Elle réduit également le risque d’effets indésirables, qui sont plus susceptibles de survenir lorsque des doses plus élevées d’un seul agent sont administrées (26,27).
  11. Des modalités non pharmacologiques de prise en charge de la douleur devraient être envisagées en plus des interventions pharmacologiques dans le cadre d’une approche holistique de la prise en charge de la douleur. Ces modalités peuvent inclure, entre autres, la modification de l’environnement (comme l’accès à des congénères ou à une aire de repos calme), la physiothérapie, les traitements manuels, la cryothérapie, la thermothérapie, l’acupuncture, les ultrasons thérapeutiques et la thérapie au laser. Le recours à la médecine complémentaire et parallèle pour la prise en charge de la douleur est abordé dans l’énoncé de position de l’ACMV sur la médecine vétérinaire complémentaire et parallèle (28).
  12. À l’heure actuelle, il existe un certain nombre d’anesthésiques et d’analgésiques homologués pour l’utilisation chez les animaux de compagnie, mais très peu pour l’utilisation chez le bétail, en recherche ou chez les animaux sauvages. L’ACMV reconnaît qu’il y a un besoin urgent d’approuver des médicaments anesthésiques et analgésiques pour les animaux destinés à la production d’aliments et de fournir aux médecins vétérinaires et aux producteurs les périodes de retrait appropriées pour ces médicaments.
  13. L’ACMV appuie les programmes d’assurance de la qualité qui favorisent le traitement sans cruauté de toutes les espèces par l’utilisation prudente d’anesthésiques et d’analgésiques en dérogation des directives de leur monographie. Compte tenu du manque actuel de médicaments anesthésiques et analgésiques homologués pour l’utilisation chez le bétail et les animaux sauvages, l’ACMV appuie l’utilisation responsable de ces médicaments en dérogation des directives de leur monographie par les médecins vétérinaires (29). De l’information additionnelle peut être trouvée dans l’énoncé de position de l’ACMV sur l’utilisation des médicaments en dérogation des directives de leur monographie (30)L’ACMV exhorte les organismes de réglementation fédéraux à élaborer des programmes qui facilitent l’approbation de médicaments anesthésiques et analgésiques appropriés pour les différentes espèces, ou à exempter la plupart de ces médicaments des restrictions qui font involontairement subir de la douleur non nécessaire aux animaux.
  14. L’ACMV soutient que les considérations économiques, comme les coûts associés à l’administration des analgésiques, à la formation du personnel et aux manipulations supplémentaires, ne doivent pas influencer la prise en charge de la douleur lors d’interventions chirurgicales faites par les producteurs et les responsables des soins aux animaux.
  15. L’ACMV encourage les médecins vétérinaires (a) à s’assurer que leurs clients ou que les chercheurs qui effectuent des procédures approuvées potentiellement douloureuses sur des animaux ont reçu une formation complète sur les meilleures techniques, la détection de la douleur aiguë et chronique, et la prise en charge de la douleur; et (b) à mettre des analgésiques appropriés à la disposition de leurs clients qui réalisent des interventions douloureuses (31).

Références

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(Énoncé de position révisé en septembre 2021)