Bien-être des vaches laitières de réforme - Énoncé de position

janvier 15, 2026

Dans cette mise à jour de l’énoncé de position sur le bien-être des vaches laitières de réforme, les références au transport qui figuraient dans la version précédente, autres que celles liées aux processus de planification du transport à la ferme, ont été supprimées. Cet aspect sera abordé dans des énoncés de position ultérieurs portant spécifiquement sur le transport des animaux.

Position

Les vaches sont retirées des troupeaux laitiers (réformées) pour de nombreuses raisons. La décision de réformer l’animal sans délai avant la détérioration de son état maximise son aptitude et sa tolérance au transport. L’ACMV est favorable à la poursuite de l’amélioration des protocoles et des options à la ferme afin d’optimiser le bien-être des vaches laitières de réforme. L’ACMV reconnaît les limites actuelles des infrastructures d’abattage et soutient la mise en place de conditions favorables au développement de capacités accrues d’abattage local ainsi que l’harmonisation des normes nationales afin de promouvoir des résultats acceptables pour les vaches de réforme.

Sommaire

  • Chaque année au Canada, environ une vache laitière sur trois est remplacée pour diverses raisons, notamment sa santé ou sa productivité.
  • Des modes opératoires normalisés (MON) à la ferme concernant les vaches laitières devraient être élaborés avec le médecin vétérinaire du troupeau et inclure un protocole décisionnel pour l’abattage sans délai afin de maximiser le bien-être des vaches.
  • Les producteurs laitiers ont des options de transport limitées lorsqu’ils planifient l’abattage des vaches fragilisées.
  • Le rétablissement des vaches laitières fragilisées avant leur transport peut améliorer leur résilience et leur bien-être.
  • Les risques pour le bien-être des vaches augmentent avec la durée du transport. Par conséquent, tous les transports devraient être planifiés de manière à ce que les animaux soient acheminés vers le lieu approprié le plus proche.
  • Les infrastructures locales existantes pour l’abattage des vaches de réforme sont limitées et il en faudrait davantage.
  • L’ACMV préconise l’harmonisation des normes en matière de bien-être animal à l’échelle nationale afin de remédier aux disparités interprovinciales, notamment en matière d’abattage.

Contexte

  1. Chaque année au Canada, environ une vache laitière sur trois est remplacée (1) et la vache remplacée est retirée du troupeau (réformée). Cela représente environ 300 000 vaches de réforme par an au Canada (2). Les vaches laitières réformées quittent leur ferme d’origine et aboutissent dans la grande majorité des cas à l’abattage pour la production de viande bovine.
  2. La plupart des vaches laitières réformées sont retirées du troupeau pour une ou plusieurs raisons précises, notamment une faible production, l’infertilité, une mammite chronique, une mauvaise qualité du lait ou des troubles locomoteurs (1,3). Cependant, on estime qu’un nombre important de vaches laitières sont également réformées pour divers problèmes subcliniques qui entraînent une baisse de la production laitière. Ces problèmes peuvent faire en sorte que les vaches laitières réformées courent un plus grand risque de souffrir lors du transport et de la mise en marché (4) que les animaux élevés expressément pour la production de viande bovine (1). La meilleure solution pour l’animal et le producteur laitier est de retirer la vache de la traite le plus tôt possible, avant que son état ne se détériore et que sa capacité d’adaptation diminue.
  3. Les médecins vétérinaires ont la responsabilité de promouvoir le traitement sans cruauté des animaux et jouent un rôle clé pour aider leurs clients à prendre des décisions relatives à la réforme des vaches laitières. Les producteurs laitiers, en collaboration avec leur médecin vétérinaire, devraient élaborer un protocole décisionnel ou un mode opératoire normalisé concernant la réforme adapté à leur troupeau, en mettant l’accent sur la protection de la santé et du bien-être des vaches et sur les critères de réforme sans délai, et en incluant un protocole relatif à l’euthanasie (voir le programme proAction) (5) lorsque cette dernière est nécessaire pour prévenir la souffrance (6).
  4. Toutes les personnes impliquées dans le processus de réforme des vaches laitières sont invitées à passer en revue la réglementation applicable (7,8) ainsi que les lignes directrices disponibles (5,9,10,11,12). Les normes de l’industrie, telles que celles du programme proAction (5) des Producteurs laitiers du Canada (PLC) et du Code de pratiques pour le soin et la manipulation des bovins laitiers du Conseil national pour les soins aux animaux d’élevage (CNSAE) (9), fournissent de l’information importante sur les décisions d’abattage. Le développement continu de tels outils est encouragé afin d’aider les producteurs laitiers, les médecins vétérinaires et toutes les parties prenantes à prendre les meilleures décisions possibles en matière de bien-être des vaches laitières de réforme.
  5. Pour tous les animaux destinés à l’abattage, le trajet devrait toujours être planifié de manière à se rendre à la destination appropriée la plus proche possible. Malgré les pratiques de réforme sans délai, les vaches laitières réformées sont souvent moins résistantes au stress lié au transport. Même pour les vaches réformées jugées aptes au transport au moment du chargement, des études montrent que des trajets aussi courts que 3 heures peuvent avoir des effets négatifs sur leur bien-être (13) et que le risque augmente avec la durée du transport. Or, les données indiquent qu’il n’est pas rare que les vaches de réforme subissent des trajets de plus de 1000 km et d’une durée de 16 heures ou plus (14). Elles passent en moyenne 3,5 jours dans le système à l’heure actuelle (13), mais le processus de mise en marché peut durer jusqu’à 7 à 10 jours.
  6. L’un des principaux défis de l’infrastructure d’abattage actuelle est le manque de disponibilité de l’abattage local (15). La rentabilité moindre pour les producteurs laitiers dans les abattoirs provinciaux ou la réticence ou l’incapacité de certains abattoirs à accepter les vaches de réforme pour des raisons logistiques ou réglementaires peuvent faire en sorte que les animaux doivent être transportés sur de plus longues distances jusqu’à des abattoirs fédéraux ou d’autres abattoirs plus éloignés qui peuvent les accueillir, et cela peut entraîner des risques supplémentaires pour leur bien-être. Pour réduire ces risques, il faut davantage d’abattoirs provinciaux et/ou fédéraux capables de prendre en charge les vaches laitières de réforme dans les régions où il y a beaucoup de fermes laitières.
  7. Il est important de souligner que ce ne sont pas toutes les vaches de réforme qui sont fragilisées, mais que la plupart d’entre elles ne sont pas considérées comme des animaux de boucherie de grande valeur (16,17). Cependant, de nouveaux marchés émergent pour les vaches en fin de lactation engraissées et rétablies (18,19). Ainsi, le rétablissement des vaches de réforme permet non seulement d’améliorer leur capacité à supporter les manipulations et le transport, mais aussi de pouvoir les vendre dans des marchés spécifiques haut de gamme axés sur les qualités de la viande de boeuf issue d’animaux matures (19). Le processus est donc bénéfique pour le bien-être des animaux, mais aussi avantageux pour leur prix de vente. L’ACMV encourage les médecins vétérinaires à discuter de cette nouvelle option avec leurs clients, et les producteurs laitiers à l’envisager pour leurs vaches de réforme. Le plan de traitement et de rétablissement approprié pour une vache de réforme repose sur l’évaluation individuelle de son état de santé et des traitements disponibles, en collaboration avec le médecin vétérinaire du troupeau (13).
  8. Conformément à la réglementation fédérale, les animaux jugés fragilisés à la ferme ou pendant le transport font l’objet de moins d’options pour être retirés de la ferme ou traités à destination, respectivement, que les animaux en bonne santé (7,8). Si une vache fragilisée ne peut se rétablir, les options pour la retirer du troupeau sont limitées : prendre des mesures spéciales pour la faire transporter directement vers un abattoir local (8), l’abattre à la ferme pour un usage personnel, la faire abattre par un abattoir mobile avec inspection (20) dans les endroits où ce service est offert, ou l’euthanasier sur place. Il convient de préciser que les animaux jugés inaptes selon la réglementation fédérale ne peuvent pas être transportés (8), sauf pour recevoir des soins. Les protocoles d’euthanasie à la ferme et les services d’abattage mobile sont très importants pour assurer le bien-être de ces animaux.
  9. À l’heure actuelle, la capacité d’abattage et les normes non harmonisées en matière de bien-être animal entre les provinces peuvent entraîner des transports inutilement longs vers les abattoirs, ce qui augmente les risques pour le bien-être des animaux. L’ACMV préconise fortement le développement de capacités d’abattage supplémentaires et l’harmonisation des normes en matière de bien-être animal à l’échelle nationale afin de remédier aux disparités interprovinciales et d’encourager le choix de la destination appropriée la plus proche pour l’abattage des vaches laitières de réforme.

Références

  1. Gouvernement du Canada. Taux de réforme et de remplacement dans les troupeaux laitiers au Canada. En ligne : https://agriculture.canada.ca/en/sector/animal-industry/canadian-dairy-information-centre/statistics-market-information/dairy-animal-genetics/culling-replacement.
  2. Gouvernement du Canada. Nombre de fermes, de vaches et de génisses. En ligne : https://agriculture.canada.ca/fr/secteur/production-animale/centre-canadien-dinformation-laitiere/statistiques-laitieres-informations-marches/statistiques-ferme/nombre-fermes-vaches-genisses.
  3. Roche SM, Renaud DL, Genore R, Shock DA, Bauman C, Croyle S, Barkema HW, Dubuc J,Keefe GP, Kelton DF. Canadian National Dairy Study: Describing Canadian dairy producer practices and perceptions surrounding cull cow management. Journal of Dairy Science 2020,103:3414-3421.
  4. Dahl-Pedersen K, Herskin MS, Houe H, Thomsen PT. Risk factors for deterioration of the clinical condition of cull dairy cows during transport to slaughter. Front Vet Sci 2018;5:297. En ligne : https://doi.org/10.3389/fvets.2018.00297.
  5. Producteurs laitiers du Canada [page d’accueil du programme proAction sur Internet]. En ligne : https://www.producteurslaitiers.ca/proaction.
  6. Doonan G, Benard G, Cormier N. Livestock and poultry fitness for transport — The veterinarian’s role. Can Vet J 2014;55:589-590. En ligne : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4022031/.
  7. Agence canadienne d’inspection des aliments. Lois et règlements provinciaux et territoriaux sur le bien-être des animaux. En ligne : https://inspection.canada.ca/fr/sante-animaux/animaux-terrestres/transport-cruaute/lois-provinciales-territoriales-bien-etr.
  8. Gouvernement du Canada. Règlement sur la santé des animaux – partie XII. En ligne : https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/reglements/C.R.C.%2C_ch._296/index.html.
  9. Conseil national pour les soins aux animaux d’élevage, 2023. Outils pour évaluer l’aptitude au transport (Annexe B – Guides d’évaluation de l’état de chair; Annexe E – Systèmes de notation de la mobilité des vaches laitières; Annexe F – Arbre de décision pour le transport; Annexe G – Exemple d’arbre de décision pour l’euthanasie. En ligne : https://www.nfacc.ca/codes-de-pratiques/bovins-laitiers
  10. Marshall J, Haley D, Levison L, Kelton DF, Miltenburg C, Roche S, Duffield TF. A survey of dairy cattle farmer’s management practices for cull cows in Ontario, Canada. Frontiers in Veterinary Science 2022. En ligne : https://www.frontiersin.org/journals/veterinary-science/articles/10.3389/fvets.2022.974061/full.
  11. Gouvernement de l’Ontario. Cull cow decision action card. En ligne : https://www.ontario.ca/page/cull-cow-decision-action-card.
  12. Gouvernement du Canada. Règlement sur la santé des animaux, partie XII : modification au règlement sur le transport des animaux – Document d’orientation à l’intention des parties réglementées. En ligne : https://inspection.canada.ca/fr/sante-animaux/animaux-terrestres/transport-cruaute/reglement-sante-animaux-partie-xii.
  13. Stojkov J, von Keyserlingk MAG, Duffield T, Fraser D. Management of cull dairy cows: Culling decisions, duration of transport, and effect on cow condition. J Dairy Sci 2020;103(3):2636-2649. En ligne : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0022030220300345#bib14.
  14. González LA, Schwartzkopf-Genswein KS, Bryan M, Silasi R, Brown F. Benchmarking study of industry practices during commercial long haul transport of cattle in Alberta, Canada. J Anim Sci 2012;90:3606-3617. En ligne : https://doi.org/10.2527/jas.2011-4770.
  15. Stojkov J, Bowers G, Draper M, Duffield T, Duivenvoorden P, Groleau M, Haupstein D, Peters R, Pritchard J, Radom C, Sillett N, Skippon W, Trépanier H, Fraser D. Hot Topic: Management of cull dairy cows—Consensus of an expert consultation in Canada. J Dairy Sci 2018;101:11170-11174. En ligne : https://doi.org/10.3168/jds.2018-14919.
  16. Moorman AKG, Duffield TF, Godkin MA, Kelton DF, Rau J, Haley DB. Associations between the general condition of culled dairy cows and selling price at Ontario auction markets J Dairy Sci 2018;101:10580-10588. En ligne : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0022030218308075.
  17. Moorman AKG, Duffield TF, Godkin MA, Kelton DF, Rau J, Haley DB. Associations between the general condition of culled dairy cows and selling price at Ontario auction markets. En ligne : https://www.journalofdairyscience.org/article/S0022-0302(18)30807-5/fulltext.
  18. Berdusco N, Kelton D, Haley D, Wood KM, Duffield TF. Can 60 days of feeding lead to increased fitness for transport in cull dairy cows? J Dairy Sci 2024;107(9):7267-7275. En ligne : https://doi.org/10-3168/jds.2023-24525.
  19. Berdusco N, Kelton D, Haley D, Wood KM, Duffield TF. Improving market (cull) dairy cows’ carcass traits and meat quality. J Dairy Sci 2024;107:11415–11424. En ligne : https://doi.org/10.3168/jds.2024-25048.
  20. Trent University. Meat on Wheels: The Potential for a Mobile Slaughterhouse Unit in Haliburton County. JUST 2017;V(1). En ligne : https://ojs.trentu.ca/index.php/just/article/view/85.